"A terme, nos problèmes de déchets constituent une réelle menace pour la société"

25/02/17 à 13:38 - Mise à jour à 13:37

Les déchets font la ville. C'est ce que déclare le groupe de recherche en urbanisme et architecture de la KULeuven dans une nouvelle expo. "A plus long terme, le problème des déchets en Belgique constitue une réelle menace pour la société", affirme Kristýna Lhotkova, la coordinatrice du projet. "La durabilité est bel et bien stimulée, mais elle est aussi à nouveau limitée par des réglementations."

"A terme, nos problèmes de déchets constituent une réelle menace pour la société"

© REUTERS

Les déchets font la ville. Ou la ville fait-elle les déchets ? Dans une exposition qui vient de démarrer cette semaine à deSingel Internationale Kunstcampus à Anvers, les curatrices Caterina Rosso, Carmen Van Maercke et Julie Marin présentent leur nouveau regard sur les déchets. Cela se fait en collaboration avec le groupe de recherche en urbanisme et architecture (OSA) de la KULeuven sous la coordination de Kristýna Lhotkova.

"Les déchets sont partout. Mais en dépit du fait que nous en soyons encerclés et que nous produisions de plus de plus de déchets, nous vivons avec eux de manière très inconsciente", ressort-il dans l'introduction à la nouvelle expo. "Beaucoup d'énergie est perdue dans des flux de marchandises superflus", estime Lhotkova. "A long terme, le problème des déchets en Belgique constitue une réelle menace pour la société."

C'est pourquoi les curatrices ont recherché comment des flux de déchets urbains plus durables sont à même de constituer une alternative au traitement existant industriel et à grande échelle des déchets. "La durabilité est sans conteste stimulée par les autorités. L'OVAM (la société publique flamande des déchets) s'en préoccupe largement. Mais le problème est que cette durabilité est également à nouveau limitée par des lois sur la réutilisation des matériaux et des moyens", explique Lhotkova.

Une nouvelle définition

Le groupe de recherche a néanmoins étudié la ceinture du vingtième siècle autour d'Anvers et en a fait un test case. "Des méthodes alternatives de traitement des déchets pourraient restructurer l'environnement urbain", déclarent Van Maercke, Rosso et Marin.

Un nouveau regard sur les déchets examine comment des lieux largement répandus dans le tissu urbain peuvent contribuer à une nouvelle culture des déchets. Selon le groupe, les supermarchés peuvent jouer un rôle essentiel dans la réduction des importants flux de déchets. "Ils partent de la refonte d'un commerce en un supermarché low-impact avec un budget du Vlaams Bouwmeester. Dans un manifeste, ils plaident pour une utilisation plus économique de l'espace et de l'énergie", explique Lhotkova. "Dans ce contexte, la transformation des flux de déchets en un système circulaire est centrale."

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"Les flux de déchets doivent être infléchis localement et nous devons initier une rénovation urbaine. Une première étape est la réflexion selon laquelle les déchets n'existent pas. Il n'y a que des matières premières"

Afin d'organiser aujourd'hui un flux des déchets urbains durable, différentes étapes devraient être entreprises. "Les flux de déchets doivent être infléchis localement et nous devons initier une rénovation urbaine. Une première étape est la réflexion selon laquelle les déchets n'existent pas. Il n'y a que des matières premières", considère Lhotkova. "Dans une économie circulaire, les déchets disparaissent, parce qu'ils sont systématiquement utilisés à nouveau comme matières premières. Tout ce que nous mettons dans nos sacs poubelle est recyclé et ce que nous considérions encore hier comme des flux de déchets, recevra dans le futur une nouvelle définition", déclare le groupe de recherche dans le pamphlet de l'exposition.

"Ensuite, on définit l'échelle adéquate et on crée des poubelles optimales. Ces poubelles, nous allons les relier et nous générerons des synergies. Finalement, nous initialiserons une métamorphose", explique Lhotkova. On doit donc passer des flux de matériaux linéaires à une version circulaire de ceux-ci. Ce qui demande un changement de l'ensemble du métabolisme urbain, selon les curatrices. Le traitement des déchets comme nous le connaissons aujourd'hui - avec des camions poubelle, des conteneurs de déchets, des parcs de recyclage, des incinérateurs et des déchèteries - va changer de manière radicale et la ville sera emmenée dans ce processus. "La transition vers une économie circulaire s'accompagne nécessairement d'une transformation drastique des infrastructures et de l'espace urbain. Voilà pourquoi ceci est un défi urbanistique et une chance", lit-on encore dans le pamphlet.

Changement de mentalité

"Dans tout cela, il ne faut toutefois pas perdre le contexte de vue. Une seule solution ne résoudra pas tous les problèmes", ajoute Lhotkova. "Pour ce projet, on a en fin de compte choisi la ceinture du vingtième siècle autour d'Anvers comme test case parce que celle-ci a du potentiel pour des nouveaux développements. Van Maercke, Rosso et Marin affirment que la plupart des investissements à Anvers au cours de la dernière décennie se sont concentrés sur le centre-ville et l'Eilandje. Alors qu'il y a davantage d'espace de développement dans cette ceinture. Où il y a en outre besoin de planification et de changement." Le groupe de recherche veut montrer comment il y a moyen de jeter un pont entre les déchets et la ville.

"Le but ultime est bien sûr d'implémenter ces idées", dit Lhotkova. "Mais pas nécessairement en tant que partie intégrante de ce projet. Chaque nouvelle implémentation doit également commencer par une étude approfondie des flux, des moyens et des activités existants dans le cadre de la zone concernée."

L'étude ne doit par conséquent pas rester limitée à un seul test case, estime Lhotkova. "On a besoin de recherches de différentes solutions pour différents endroits dans une ville", conclut-elle. "Mais on a surtout besoin d'un changement de mentalité dans la manière de gérer les déchets. Pour cela, il faut créer une implication publique. Nous essayons de mettre cela en chantier, notamment par l'organisation de débats autour de l'exposition."

L'exposition A new perspective on waste se tient encore jusqu'au 11 juin à deSingel Internationale Kunstcampus - Wandelgangen à Anvers.

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