Eric Cloes
Eric Cloes
Eric Cloes est rédacteur en chef de Je vais Construire.
Opinion

30/10/12 à 15:30 - Mise à jour à 15:30

'Bruxelles passive : la mauvaise bonne idée du siècle ?'

"La région de Bruxelles-Capitale sera la première région au monde (!) à imposer les standards passifs à partir du 1er janvier 2015, et ce, pour toute nouvelle construction ou rénovation lourde." Vu par le petit trou de la lorgnette, on peut comprendre la fierté d'Evelyne Huytebroeck, ministre bruxelloise de l'Environnement, de l'Énergie et de la Rénovation urbaine. Mais en élargissant le champ de vue, est-ce une si bonne nouvelle ?

'Bruxelles passive : la mauvaise bonne idée du siècle ?'

© Thinkstock

"La région de Bruxelles-Capitale sera la première région au monde (!) à imposer les standards passifs à partir du 1er janvier 2015, et ce, pour toute nouvelle construction ou rénovation lourde." Vu par le petit trou de la lorgnette, on peut comprendre la fierté d'Evelyne Huytebroeck, ministre bruxelloise de l'Environnement, de l'Énergie et de la Rénovation urbaine. Mais en élargissant le champ de vue, est-ce une si bonne nouvelle ?

Expliquons-nous. Nous n'avons rien contre les standards passifs... Sauf que la Commission européenne ne les impose plus comme passage obligé pour atteindre le niveau "presque zéro énergie" : elle accepte désormais toutes les "solutions économiquement responsables" pour y parvenir, y compris la basse énergie. Sauf que les investissements exigés par les standards passifs ne sont guère accessibles à tous. Sauf qu'en se mettant dans une position "hors concurrence" par rapport aux autres grandes villes, Bruxelles risque bien d'être désertée plutôt que recherchée...

Gardons les pieds sur terre, Madame la Ministre ! Que des standards passifs soient imposés pour les immeubles tertiaires ou résidentiels collectifs, nous ne pouvons que nous en réjouir. Les investisseurs de ces projets immobiliers disposent en effet des moyens financiers nécessaires pour assumer les surcoûts imposés, surcoûts qui seront largement compensés sur le long terme par les économies d'énergie réalisées. Que chaque citoyen lambda soit mangé à la même sauce, non !

Selon les statistiques 2011 du ministère fédéral de l'Économie, Bruxelles compte près de 130 000 maisons individuelles, dont la grande majorité appartient à des particuliers. Comment ceux-ci vont-ils faire face à cette rage de l'excellence ? Les vrais adeptes de la ville ou les fervents défenseurs de la cause écologique s'adapteront, parfois tant bien que mal, à ces nouvelles exigences. Mais combien seront-ils à le faire ? Et les autres ? Comment réagiront-ils ? Ceux qui refusent de se plier à ces mesures et qui en ont les moyens quitteront la ville pour la périphérie ou une petite ville proche.

Ils grossiront chaque jour le flot des navetteurs, avec pour conséquence directe une augmentation des émissions de CO2 et pour conséquence indirecte une diminution de la valeur immobilière des maisons de ville, suite à un manque d'intérêt pour ce type de bien. Les autres, (beaucoup) moins nantis, parviendront à s'approprier ces immeubles désertés mais ne pourront s'offrir le luxe de les transformer. Dès lors, ils payeront chaque mois une facture énergétique élevée pour quand même avoir froid chez eux.

Bruxelles à deux vitesses, est-ce bien un objectif louable ? À vouloir laver plus blanc que blanc, Madame la Ministre, n'êtes-vous pas en train de signer l'arrêt de mort d'une ville qui ne demande qu'à (re)vivre ?

Eric Cloes

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