28/07/16 à 15:46 - Mise à jour à 15:38

Comment l'aménagement du territoire peut-il favoriser la cohésion sociale?

"À l'ère de l'individualisme, nous recréons de l'espace pour les formes d'habitation collectives qui permettent l'une ou l'autre forme de cohabitation", écrit l'architecte Alexis Versele. "Alors que ces formes d'habitation sont très anciennes, on les avait oubliées."

Comment l'aménagement du territoire peut-il favoriser la cohésion sociale?

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Selon l'enquête européenne SILC de 2014, 21% de la population belge présente un risque de pauvreté ou d'exclusion sociale. Ce chiffre est basé sur trois indicateurs : pauvreté monétaire, privation matérielle grave ou faible intensité de travail. Et ces dernières décennies, le nombre de ménages qui ploient sous les frais de logement trop élevés a augmenté spectaculairement.

Aussi est-il important de privilégier un aménagement social du territoire. Cela n'a rien de nouveau. Plusieurs exemples de la période de l'entre-deux-guerres montrent que c'était possible. Le quartier Klein Rusland à Zelzate par exemple offrait une solution au problème de logement survenu suite à l'industrialisation croissante du port de Gand et la hausse de population qui l'accompagne.

Le projet intitulé "La Societé Coöperative Locale des Habitations à Bin Marché de Selsaete" a été fondé dans le cadre d'une pensée coopérative par un certain nombre de personnes engagées socialement, dont le Biélorusse fortuné Dimitri Peniakoff. Le quartier s'inspire de la cité-jardin anglaise Letchworth, conçue en 1903 par Ebenezer Howard, Barry Parker et Raymond Unwin. Considérée comme la pierre angulaire de la construction urbaine moderne, cette cité-jardin était conçue comme un modèle social qui devait favoriser une meilleure société.

Les quartiers d'habitations sociales d'aujourd'hui, bien qu'ils soient loin d'être tous exemplaires, représentent une partie de la solution à la politique de logement actuelle. Cependant, la Belgique compte très peu d'habitations sociales par rapport au nombre de bâtiments disponibles. En outre, le marché privé est sous pression. De nombreux bailleurs, âgés de plus de 65 ans, préfèrent vendre plutôt que rénover, ce qui réduit le marché de location. Ajoutez-y une hausse considérable des prix et les familles les plus vulnérables se voient obliger de louer dans les quartiers socialement reculés où la plupart des maisons ne répondent pas aux exigences élémentaires en matière de sécurité, de confort et de prestation énergétique.

Les projets de rénovation urbaine nécessitent une vision intégrée qui dépasse le niveau des bâtiments. Le quartier mythique des Marolles situé entre le Palais de Justice bruxellois et la gare du Midi est devenu un lieu expérimental dans les années soixante pour la lutte contre le délabrement. Dans un premier temps, les habitants ont été relogés dans les immeubles.

En 1969, les habitants des Marolles se sont opposés à la démolition et ont exigé de rénover les bâtiments existants. Ensuite, notamment grâce aux organisations de la société civile, on a découvert les qualités physiques et sociales de l'ancien tissu urbain. Bien que les quartiers urbains traditionnels soient considérés initialement comme problématiques, dès cette année on a considéré les quartiers comme base essentielle d'un réseau social de qualité.

À l'ère de l'individualisme, on privilégie à nouveau les formes d'habitation collectives qui permettent l'une ou l'autre forme de cohabitation. Alors que ces formes d'habitation sont très anciennes, on les avait oubliées. Il y avait les institutions caritatives par exemple, fondées en l'honneur de Dieu où les pauvres étaient accueillis et soignés et bénéficiaient d'une forme de revenus. À Poperinge par exemple, le "Weeuwhof" prévoyait des maisonnettes pour les veuves indigentes et femmes célibataires.

Jusqu'à aujourd'hui, les maisonnettes préservent leur caractère social parce qu'elles sont louées à des bénéficiaires du CPAS, elles sont habitées par des femmes seules de l'âge de la retraite et de réfugiés. Même si le contexte social actuel a complètement changé, ces habitations répondent plus que jamais au défi de la société de créer un environnement social dans lequel les habitants peuvent former une communauté tout en préservant leur propre individualité. Aujourd'hui, on assiste à la création de communautés de logements, de projets de cohousing,... qui devraient faciliter l'accès au logement pour les groupes défavorisés. Malheureusement, il reste encore de nombreuses barrières culturelles, spatiales et fiscales qui rendent ces projets uniquement abordables pour la classe moyenne aisée.

Alexis Versele, architecte et chercheur à la KU Leuven

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