Eric Cloes
Eric Cloes
Eric Cloes est rédacteur en chef de Je vais Construire.
Opinion

13/08/12 à 14:41 - Mise à jour à 14:41

'Enrayer la spirale' (Eric Cloes)

Si tous les épargnants décidaient subitement de se défaire de 1 % de leur épargne, plus de 2,2 milliards d'euros circuleraient sur le marché !

'Enrayer la spirale' (Eric Cloes)

© Thinkstock

Fin juin dernier, 227,6 milliards d'euros dormaient sur les comptes d'épargne du pays. Depuis le début de la crise en 2008, les Belges sont pris d'une réelle folie d'épargne et ont placé 85 milliards d'euros sur leurs comptes, soit une hausse de près de 63 % en quatre ans ! Le sentiment d'insécurité dû à la crise est sans doute largement responsable de cette propension accrue des ménages à placer leur argent, mais on peut aussi raisonnablement s'inquiéter des effets négatifs d'une telle tendance sur l'économie. Selon l'économiste Bart Van Craeynest, "l'épargne paraît rationnelle pour les familles qui craignent de perdre un emploi ou de voir la zone euro exploser, mais elle constitue un gros problème pour l'économie". Il affirme en effet que cet engouement pour l'épargne peut aussi conduire à des licenciements.

L'investissement des familles dans l'immobilier est une autre tendance présentant des effets négatifs, comme l'explique Johan Van Gompel, économiste à la KBC. Le problème est ici que l'argent transite d'un compte à un autre sans faire tourner le moindre engrenage de l'économie, avec pour conséquence indirecte que les prix de l'immobilier continuent à grimper, rendant l'accès des jeunes à la propriété de plus en plus difficile.

Un troisième fait marquant, ces derniers mois, est la diminution sensible des taux d'intérêt sur les prêts bancaires. Les Belges, toujours en quête de nouvelles économies, se précipitent dans les banques pour racheter leur prêt hypothécaire à un taux plus avantageux. Et les banques, déjà mal en point, voient encore leur marge diminuer.

Enfin, affaibli par la disparition brutale, début 2012, de nombreuses mesures de soutien de la part de l'État fédéral, le secteur de la construction aurait lui aussi grand besoin d'argent frais pour reprendre des couleurs. Mais voilà, les Régions peinent à mettre en place de nouvelles aides, et de nombreux candidats à la construction ou à la rénovation attendent un avenir fiscalement plus favorable et moins flou pour se lancer dans leur projet.

Si tous ces comportements sont bien compréhensibles au niveau des consommateurs, ils ont malheureusement tous pour effet désastreux d'entretenir la spirale négative dans laquelle notre économie semble s'engluer. Les économistes tirent donc la sonnette d'alarme : pour conserver votre emploi et sortir de la crise, dépensez ! Un exemple ? Si tous les épargnants décidaient subitement de se défaire de 1 % de leur épargne, plus de 2,2 milliards d'euros circuleraient sur le marché ! De quoi construire 10 000 maisons ou en rénover 20 000 en profondeur, confirmant au passage l'adage selon lequel les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Eric Cloes Rédacteur en chef

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