Eric Cloes à propos des nouveaux concepts d'habitat : Il va falloir revoir nos prétentions

30/10/14 à 10:02 - Mise à jour à 10:02

Source: Je Vais Construire

Le rédacteur en chef de 'Tu Bâtis, je Rénove' et son magazine frère 'Je Vais Construire et Rénover', Eric Cloes, s'attarde sur les concepts d'habitat du futur dans l'édito du nouveau numéro.

Eric Cloes à propos des nouveaux concepts d'habitat : Il va falloir revoir nos prétentions

© iStock

A mille lieux des grands idéaux de vie communautaire de l'après mai 68, notre époque réfléchit à nouveau comment mieux vivre ensemble. Dans une des dernières enquêtes de notre confrère Je vais Construire & Rénover, on peut lire que les architectes se déclarent à 80% favorables à un rapprochement des maisons - lisez construire en mitoyen - pour diminuer les consommations énergétiques et l'impact des nouvelles constructions sur l'environnement. D'autre part, l'on assiste à l'éclosion de nouveaux concepts d'habitat commun comme le co-housing ou la maison kangourou. Mais le Belge est-il vraiment prêt à vivre plus près de, voire avec, ses voisins ?

Le groupe Matexi, acteur de premier plan dans le secteur immobilier, a récemment réalisé une enquête en collaboration avec le bureau d'étude Ipsos et le soutien des universités VUB et UGent pour mieux comprendre ce marché. Qu'y apprend-t-on ? Tout d'abord que la majorité des belges reste réticente à l'idée de partager son habitat, mais ceci n'est pas vraiment une surprise... Par contre, que 67 % des personnes interrogées seraient prêtes à partager leur jardin avec leurs voisins, à condition tout de même de disposer d'un jardinet privé. 65 % déclarent d'ailleurs bien connaitre leurs voisins et 60 % affirment partager - ou être prêt à le faire - les outils ou le matériel de jardin. Mais dès que l'on parle d'habitat partagé, les questions n'éveillent plus l'intérêt que de 20 % des répondants et seulement 10 % des personnes se disent prêtes à réfléchir à ce mode de vie. Leurs motivations ? L'accessibilité financière - pouvoir acquérir un logement moins cher - et la possibilité de disposer d'espaces ou de services communs qu'elles ne pourraient s'offrir seules. Toutefois les "mais" refont très vite surface... l'organisation et le coût de l'entretien des espaces communs, et le respect de la vie privé de chacun sont le plus cités comme des freins significatifs à la mise en place d'infrastructures communautaires.

Si nous sommes tous bien conscients que nos modes de vie exigent une réflexion nouvelle, il semble que la plupart d'entre nous ne soient pas encore vraiment prêts à prendre ses distances avec ses habitudes de vie. Le cliché de la villa 4 façades fait d'ailleurs encore rêver plus d'une Belge sur deux, même si au final, seule une petite minorité d'entre eux pourront se l'offrir. Et les tristes expériences relatées par des copropriétaires campant sur leurs droits privés plutôt que sur la recherche du compromis au sein de leur immeuble ne font rien pour arranger les choses. Et pourtant, il va tout de même falloir revoir nos prétentions... Se loger dans une maison confortable et énergétique coûte de plus en plus cher. La recherche d'une plus grande compacité conduit à réduire la surface habitable des maisons et à la disparition des locaux non indispensables. S'offrir des espaces polyvalents supplémentaires comme une salle de jeux commune est une solution qui mérite notre réflexion. Mais pour que cette réflexion puisse se poser, il faudra encore un changement drastique de nos mentalités. Et cela, tout le monde le sait, cela prend du temps. Beaucoup de temps...

Eric Cloes

En savoir plus sur:

Nos partenaires