"Huit entrepreneurs sur dix perdent une commande à une entreprise étrangère"

28/02/14 à 12:44 - Mise à jour à 12:44

Source: Je Vais Construire

Pendant toute la durée de Batibouw, nous interrogeons quotidiennement un expert sur l'état du secteur de la construction. Aujourd'hui, Robert de Mûelenaere, administrateur délégué de la Confédération Construction, demande à l'état d'investir pour 3 pour cent du PIB dans le secteur de la construction.

"Huit entrepreneurs sur dix perdent une commande à une entreprise étrangère"

© Thinkstock

En 2013, 200 entreprises de constructions ont fait faillite en moyenne par mois. Pour 2014, il ne faut pas s'attendre à plus qu'un "fragile redressement" estime Robert de Mûelenaere, administrateur délégué de la Confédération Construction. "Il faut s'occuper d'urgence de la concurrence déloyale, de la politique du logement et des investissements de l'état".

"Davantage de permis de construire ne garantit pas l'amélioration"

De Mûelenaere: "La construction a connu une année particulièrement difficile. Accablé de six trimestres négatifs successifs, le secteur est resté en récession. Pour 2014, nous prévoyons une petite croissance de 0,5 pour cent. C'est donc un peu mieux, mais ce n'est certainement pas suffisant. Nous ne pouvons que nous montrer prudemment positifs et parler d'un redressement fragile".

Hormis la petite croissance, y a-t-il d'autres signaux positifs ?

De Mûelenaere: "La situation n'est pas identique dans les différents segments du marché de la construction. La construction d'habitations a reculé de 20 pour cent. Mais il y a une tendance croissante de permis de construire qui devrait soutenir l'activité en 2014".

"Pourtant, on ne peut pas être sûrs de cette hypothèse. Nous notons effectivement qu'il y a de plus en plus de temps entre l'obtention d'un permis de construire et le démarrage du projet de construction. Les banques sont devenues plus sévères et demandent plus d'apport personnel de la part des candidats. C'est la raison pour laquelle, les gens éprouvent plus de problèmes à financer leur logement".

"Le secteur de la construction connaît des temps difficiles. Outre le grand nombre de faillites, de nombreuses entreprises de construction se trouvent dans la nécessité de couper dans leur personnel. L'énorme concurrence d'entreprises étrangères ne fait que leur compliquer la tâche".

"UN NIVEAU D'INVESTISSEMENT PLUS ÉLEVÉ"

Pourquoi les entreprises étrangères constituent-elles un problème?

De Mûelenaere: "La concurrence étrangère ne constitue qu'un des trois problèmes qu'il faut traiter d'urgence. Les entrepreneurs belges souffrent de concurrence anormale d'entreprises étrangères qui appliquent des tarifs impossibles. En 2013, 8 entrepreneurs sur 10 ont perdu une commande à une entreprise étrangère. De plus, de nombreuses firmes étrangères emmènent leur personnel dans notre pays, ce qui entraîne souvent de la fraude sociale".

Comment fait-il tenir tête à cette concurrence?

De Mûelenaere: "La Confédération Construction soutient d'abord et avant tout l'augmentation des contrôles et des sanctions du gouvernement, mais il faut faire davantage. Nous demandons une baisse des charges salariales et une plus grande mesure de flexibilité pour les entreprises belges".

Quels autres défis faudra-t-il encore relever ?

De Mûelenaere: "D'ici 2030, il faudra 600.000 nouvelles habitations suite à la croissance de la population et l'augmentation du nombre de familles. Les défis pour les entrepreneurs en construction d'habitations sont énormes, car les familles ont de plus en de plus de mal à financer leurs projets. L'état doit conserver les stimuli tels que le bonus logement et les banques doivent donner suffisamment accès aux crédits hypothécaires".

"Il faut construire des routes, des écoles, des centres de soins et des hôpitaux et un grand nombre d'autres choses d'urgence, mais pour cela il faut que l'état augmente ses investissements. Depuis des années, ceux-ci sont plus faibles que dans nos pays voisins. Nous demandons un niveau d'investissement qui se chiffre à au moins 3 pour cent du PIB, c'est la moyenne des pays autour de nous".

"LA SUPPRESSION DES AVANTAGES"

Investit-on suffisamment en construction peu énergivore?

De Mûelenaere: "La plupart des avantages liés aux rénovations qui permettent d'économiser de l'énergie ont été supprimés au niveau fédéral en 2012. Pour cette raison, le secteur de la rénovation a fortement reculé. À présent, le secteur semble sur la voie de l'amélioration. Si les autorités ne prennent pas de décisions néfastes, la rénovation peut réaliser une croissance de plus de 3 pour cent en 2014".

Comment gérez-vous les normes plus sévères?

De Mûelenaere: "Les normes énergétiques deviennent effectivement plus sévères, mais cela signifie qu'il faudra construire et rénover davantage même si ce sera d'une autre façon. La nouvelle approche influence les matériaux et les techniques de construction utilisés. Mais je peux dire franchement que nos professionnels de construction sont précurseurs dans ce domaine, ils savent que l'offre doit prendre cette direction. Il ne leur reste plus qu'à trouver le personnel qualifié, ce qui n'est pas toujours évident". (WB)

En savoir plus sur:

Nos partenaires