Immotheker: "Le blocage du prêt sur 30 ans exclut de nombreuses personnes"

25/02/14 à 10:21 - Mise à jour à 10:21

Source: Je Vais Construire

Pendant toute la durée de Batibouw, nous interrogeons quotidiennement un expert sur l'état du secteur de la construction. Aujourd'hui, John Romain, le directeur général d'Immotheker, demande le retour du prêt sur 30 ans.

Immotheker: "Le blocage du prêt sur 30 ans exclut de nombreuses personnes"

© Thinkstock

Ces dernières années, la demande d'habitations a systématiquement baissé. Pour la première fois, John Romain, directeur général d'Immotheker, constate également une baisse du montant de l'emprunt moyen. Et il estime que ce n'est pas une bonne chose.

John Romain: "En 2013, nous avons vendu 16 pour cent de crédits logements de moins comparé à 2011. Ce sont surtout les constructions neuves - avec une baisse de 33 pour cent - qui obtiennent de mauvais résultats. On voit également une baisse de 1,12 pour cent de la somme empruntée en 2013 par rapport à 2012. L'imposition des revenus locatifs risque uniquement de faire baisser la demande, ce qui peut déstabiliser le marché immobilier et faire encore augmenter les loyers".

"Les banques ont rendu les emprunts sur 30 ans pratiquement inaccessibles pour la grande majorité des gens. Le durcissement des critères d'acceptation pour les emprunts auprès des banques a provoqué le malaise actuel auprès des agents immobiliers".

La surestimation de l'immobilier

Pourquoi est-il devenu si difficile de répartir un emprunt sur 30 ans?

Romain: "La Banque Nationale et un certain nombre d'institutions européennes ont indiqué que les prix des maisons en Belgique sont surestimés d'au moins 15 pour cent. C'est pourquoi les banques ont dû se montrer plus sévères dans l'attribution de crédits. Bien qu'elles puissent emprunter à un taux bon marché auprès des épargnants et la Banque centrale européenne, elles préfèrent investir cet argent dans d'autres choses que l'économie réelle. Les banques ne sont plus intéressées par les emprunts sur 30 ans".

"Entre-temps, il est pratiquement impossible d'emprunter sur 30 ans. Il faut apporter suffisamment d'argent - 10 à 20 pour cent - et être bon client à la banque, par exemple. Leurs conditions sont très sévères et de nombreuses personnes sont dans l'incapacité de les respecter. Alors qu'en 2011, 39 pour cent empruntaient sur 30 ans, aujourd'hui, ce chiffre a baissé à 17 ans. KBC et BNP Paribas ont accordé moins d'un pour cent d'emprunts d'une durée de 30 ans.

Qui est affecté par ce blocage?

Romain: "Les conditions sévères appliquées sur les emprunts d'une durée de 30 ans poussent de nombreuses personnes à emprunter sur 20 et 25 ans. C'est pourquoi les jeunes se retrouvent souvent sur la touche. Ils sont souvent incapables d'apporter suffisamment d'argent à si court terme".

"Il y a également des changements sur le marché. Si à l'époque on visait régulièrement les nouvelles constructions, les augmentations de prix les ont rendues impayables, même pour les gens plus aisés. Ce groupe se rabat sur les achats, ce qui entraîne à son tour une pression sur les prix. Le secteur crée ce qu'on appelle l'effet de goulot. Le groupe présent sur le même marché croît, mais le salaire réel n'augmente pas et l'emprunt sur 30 ans n'est plus une option. Par conséquent, il y a à nouveau des gens qui restent sur la touche".

"Aussi, l'âge moyen de personnes qui contractent un emprunt est-il passé à la quarantaine. Aujourd'hui, les couples âgés de plus de 30 ans et les célibataires âgés de plus de 40 ans peuvent contracter un emprunt. Cet âge est beaucoup trop élevé. Le groupe de quadragénaires célibataires est également visé. D'une part, les banques s'intéressent à eux parce qu'ils ont eu le temps d'épargner beaucoup d'argent. D'autre part, un seul salaire offre peu de sécurité aux banques".

La limite est atteinte

Le problème est-il dû aux banques?

Romain: "La situation problématique dure maintenant depuis deux ans environ et on voit que les gens ont atteint leur limite. Les choses continueront à aller mal si les banques conservent leur politique générale et les mêmes conditions sévères.
"L'économie se rétablirait lentement, mais il faut que nous soyons prudents. Une meilleure économie ne résulte pas automatiquement en taux de chômage moins élevé. Même en cas de croissance économique, le chômage continue à augmenter. Et le chômage en hausse incite les banques à rester prudentes et à se méfier des mauvais payeurs".

Comment peut-on résoudre le problème?

Romain: "Les gens doivent redevenir optimistes, cela peut aider un peu. Au Limbourg, il y a par exemple un quart de demandes en moins, parce que les gens ont peur d'investir. Mais pour récupérer cet optimisme, les banques doivent autoriser un octroi de crédit maximal. Le blocage de l'emprunt sur 30 ans est mauvais et exclut un grand nombre de personnes".

"Nous ignorons l'influence de la régionalisation sur le bonus logement. Les politiques promettent toutes sortes de choses, telles que la stimulation de nouvelles constructions, mais ces propos sont uniquement dictés par les élections. Il faut attendre le résultat. Pour l'instant, les gens ne doivent pas s'inquiéter. Les gens qui contractent un emprunt maintenant, peuvent encore compter sur un bonus logement."

"Par contre, la démographie est positive. La croissance de la population entraîne un besoin grandissant d'habitations. Malheureusement, je pense que le problème peut encore durer deux ans. Tant que les banques n'auront pas confiance, nous resterons coincés dans ce malaise". (WB)

En savoir plus sur:

Nos partenaires