L'appât du gain fait disparaître les maisons unifamiliales: "Aujourd'hui, de plus de plus de propriétaires veulent se remplir les poches"

26/11/15 à 13:58 - Mise à jour à 13:58

Source: Je Vais Construire

L'actuelle évolution du marché immobilier pourrait bien entraîner une redéfinition du mot " maison " dans nos dictionnaires. Maison : " nom féminin désignant un bâtiment construit pour loger une seule famille (opposé à immeuble, appartement) " (d'après Le Nouveau Petit Robert). Certes, la plupart d'entre nous se retrouvent dans cette définition. Et pourtant...

L'appât du gain fait disparaître les maisons unifamiliales: "Aujourd'hui, de plus de plus de propriétaires veulent se remplir les poches"

© iStock

Lorsqu'on voit ce que deviennent de nombreuses maisons, on peut vraiment s'interroger sur cette définition pour le moins simpliste. Bien loin de son rôle de nid familial, la maison est aujourd'hui devenue, pour un nombre croissant de citoyens, un moyen de se remplir les poches. Les deux exemples suivants en attestent assurément.

Premier exemple. Basé sur le nouveau credo selon lequel le particulier est mieux placé que le professionnel pour offrir un service à ses semblables, la plateforme Airbnb construit son succès à la manière d'Uber. Contourner les circuits professionnels chargés de contraintes et de charges (donc "chers") pour offrir un service (à peu près comparable) à moindre coût grâce à internet et aux réseaux sociaux, c'est la mission que ces sites d'un genre nouveau se sont attribuée. Et les consommateurs, toujours à la recherche du meilleur profit individuel, s'engouffrent dans la brèche. Sans toujours comprendre la portée de leur décision... Les conséquences sont pourtant loin d'être anodines, à commencer par une concurrence déloyale vis-à-vis du secteur hôtelier, important pourvoyeur d'emplois. À Bruxelles, pas moins de 10 000 logements sont ainsi offerts à la location de courte durée. Convaincus que c'est plus rentable, les propriétaires n'ont que faire de savoir si leur décision conduit à l'explosion des loyers ou à l'impossibilité pour certaines familles d'encore trouver à se loger. Mais qu'ils ne s'y trompent pas, le fisc a déjà convenu avec Airbnb d'une convention obligeant la plateforme à lui fournir la liste de ces bailleurs "hors-piste". Personne ne sera oublié...

Autre exemple. Du dernier rapport immobilier de nos confrères du Vif/L'Express, il ressort que les maisons qui se vendent le plus facilement sont celles qui sont divisées - ou divisibles - en plusieurs logements. Ici aussi, l'appât du gain est évident. Une maison subdivisée en quelques entités de type studios ou kots présente un meilleur rapport financier qu'un bien loué en une seule unité. Conséquence : dans la plupart des villes estudiantines, il n'est quasi plus possible d'acheter ou de louer une maison unifamiliale à un prix correct dès lors que cette dernière peut rapporter plus en la divisant. Vivre en ville ? Oui, mais pas à n'importe quel prix...

Dans l'immobilier comme ailleurs, le profit individuel a une sérieuse longueur d'avance sur la législation censée protéger la collectivité. Il faudra donc que nos gouvernants ne traînent pas trop à régir ces marchés pour éviter l'exclusion des moins nantis au profit d'une minorité qui n'a d'yeux que pour l'épaisseur de son portefeuille.

Eric Cloes

Rédacteur en chef

Vous trouverez cet édito aussi dans le numéro 386 de "Je Vais Construire & Rénover", disponible à partir d'aujourd'hui.

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