"Le Belge a peut-être une brique dans le ventre, mais ce qu'on crée a intérêt à égaler ce qu'on détruit"

16/02/17 à 12:57 - Mise à jour à 12:56

Les paysages belges sont-ils perdus? "Tant qu'on se pose la question, je ne crois pas", estime Bas Smets, commissaire d'Agora - la biennale de Bordeaux consacré à l'architecture, à l'urbanisme et au design. "Mais alors nous devons changer notre mentalité : le paysage ne nous entrave pas, il soutient notre espace."

"Le Belge a peut-être une brique dans le ventre, mais ce qu'on crée a intérêt à égaler ce qu'on détruit"

© Getty Images

"Le problème ce n'est pas le paysage belge, c'est notre rage de construire", explique l'architecte paysager Bas Smets. "Quand on construit partout, le paysage disparaît. Alors qu'en matière de paysages, la Belgique est un laboratoire très intéressant."

Le commissaire d'Agora souligne l'absence d'un paysage marqué comme en Suisse. "Là-bas, les vallées et les montagnes ont déterminé l'organisation du pays. En Belgique, c'est moins explicite. Notre paysage se caractérise par des éléments moins spectaculaires - les ruisseaux et les fleuves par exemple - qui émanent pourtant une beauté fragile et valent la peine d'être éclairés. Une subtilité qui peut devenir une structure intéressante pour le paysage plus global."

N'est-ce pas trop tard dans une Belgique morcelée ? "Tant qu'on peut se poser cette question, je ne crois pas. Mais il faut certainement de l'optimisme pour croire en les possibilités. Et surtout un changement de mentalité", estime Smets. "Les Belges ont une brique dans le ventre, mais il faut penser au vert, au paysage. Regardez les villas bâties dans les régions mouillées : évidemment qu'elles sont inondées. Aujourd'hui, il y a plus d'inondations qu'à l'époque, parce que nous durcissons de plus en plus d'espace extérieur. Construire plus signifie plus d'impénétrabilité. C'est logique. Mais cela reflète aussi le manque de connaissances sur notre paysage.

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"Nous devons rendre l'existant visible. L'absence d'un paysage belge clair nous oblige à créer de nouveaux paysages."

D'après Smets, les problèmes actuels ne peuvent être résolus uniquement par des architectes. "Un nouveau bâtiment bien conçu" ne résout pas des problèmes de cette échelle. Le paysage n'est pas un objet limité. Ce n'est qu'en impliquant l'architecture paysagère qu'on peut aboutir à des solutions."

"Nous devons rendre l'existant visible", estime Smets. "L'absence d'un paysage belge clair nous oblige à créer de nouveaux paysages. Nous devons appliquer la logique que nous retrouvons dans différents paysages."

Dans le cadre de la biennale de Bordeaux, on observe la construction de dix villes différentes en fonction de leurs différents climats. Comment les gens construisent-ils à Saint-Pétersbourg par rapport à Singapour, Hong Kong, Bruxelles, Rabat, Naples ou Boston ? "Comment construire une ville pour une vie à moins 20 degrés ou au contraire, à plus de 20 degrés ? Ces exemples illustrent les différentes façons de gérer le climat."

"Il ne suffit pas à créer un beau paysage. Un paysage esthétique peut simplement découler d'un paysage fonctionnel", déclare Smets. "Prenez l'exemple des lisières boisées : autrefois, celles-ci étaient utilisées comme démarcation naturelle de lotissements, pour la production de bois et comme protection contre le vent. En même temps, elles créaient un joli paysage bocager. Ou les Polders qui sont également un paysage créé par l'homme. Pour une nouvelle autoroute dans les Polders, nous appliquons cette même logique en intégrant des éléments du paysage dans lequel on travaille : nous plantons plus de dix mille arbres qui renforcent les digues. La construction de routes s'accompagne de bassins d'eau que nous avons conçus comme de grosses flaques utilisées par les oies et les canards. Ainsi, la construction d'une nouvelle route renforce le paysage au lieu de l'affaiblir."

Cependant, l'architecte paysager est d'avis que la copie de cette logique de paysage peut également se faire à plus grande échelle. "Nous appliquons ces idées dans douze pays différents. En Belgique aussi, on lui consacre plus d'attention, mais il n'y a pas de vision claire", estime Smets. "Il ne sert à rien d'arrêter de construire du béton si on ne donne pas de nouvelle signification au paysage. Nous devons apprendre à comprendre que le paysage n'entrave pas notre espace, mais qu'il le soutient. Quand on aspire à plus de vert, nous ne devons pas simplement planter quelques arbres. Le but est de transformer l'environnement urbain en un genre de paysage. Et le paysage est vert"

"Ente-temps, les deux tiers de la planète ont été conçus par l'homme. À un certain moment, il restera peu de paysage naturel", conclut Smets. "Mieux vaut donc faire en sorte que ce que nous créons égale ce que nous détruisons."

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