Les habitations se réduisent de plus en plus : 'Les grandes villas anciennes vouées à devenir des chancres urbains négligés ?'

25/03/15 à 14:48 - Mise à jour à 14:48

La superficie moyenne des logements de notre pays diminue d'année en année.

Les habitations se réduisent de plus en plus : 'Les grandes villas anciennes vouées à devenir des chancres urbains négligés ?'

© iStock

C'est le constat qui ressort de l'analyse des statistiques du Service public fédéral Finances. La superficie moyenne des constructions neuves ayant fait l'objet d'un permis d'urbanisme, délivré entre janvier et octobre 2014, s'élève à 96 m². C'est 5 m² de moins que l'année précédente et 10 m² de moins que deux ans auparavant. Cette chute vertigineuse de la surface habitable n'est pas seulement due au coût intrinsèque de la construction. Elle est aussi influencée par d'autres facteurs.

Le premier que l'on peut citer est le renforcement des exigences de performances énergétiques (PEB) depuis une petite dizaine d'années. Le respect de la PEB représente, en effet, un surcoût non négligeable sur le prix d'une maison ou d'un appartement, et cela ne va pas s'arranger. En 2021, il sera obligatoire de construire des logements à énergie presque nulle. Construire aujourd'hui sans tenir compte de ces échéances n'aurait plus beaucoup de sens. Cela reviendrait à bâtir une maison qui ne serait plus conforme aux normes d'ici cinq à six ans. Le mètre carré étant, en outre, devenu plus cher, on est contraint de construire moins pour un budget égal. Ainsi, en Flandre, il n'est plus rare de bâtir sur des terrains de deux à trois ares de contenance, ce qui n'offre pas vraiment la surface nécessaire à la construction de grandes villas.

La proportion croissante des appartements sur le marché de la nouvelle construction influence également cette réduction de surface. Si les appartements deux chambres construits il y a une vingtaine d'années affichaient encore des superficies allant jusqu'à 120 m², ils n'offrent aujourd'hui plus que 70 m² de surface habitable pour une composition similaire ! Mais c'est probablement l'évolution de la demande qui impacte le plus cette diminution. Les évolutions démographiques de ces dernières années ont conduit à diversifier l'offre de logements et, plus particulièrement, à augmenter l'offre de petits logements, qu'ils soient destinés à des jeunes qui démarrent seul ou à deux dans la vie active, à des familles monoparentales, ou à des personnes âgées souhaitant vivre plus longtemps de manière autonome.

Partager

Les grandes villas sont encore relativement chères et exigent en général de gros travaux de rénovation pour les aligner sur les standards actuels.

Mais cette évolution commence aussi à avoir de lourdes conséquences sur certains segments du marché de l'immobilier. Notre pays compte en effet des centaines de milliers de grandes villas construites dans les années soixante et septante. Or, les propriétaires de ces biens commencent à peiner pour trouver acquéreur. Ces maisons sont encore relativement chères et exigent en général de gros travaux de rénovation pour les aligner sur les standards actuels. Actuellement, de nombreux règlements de lotissement n'autorisent qu'un seul logement par habitation. Il faudra que cette règle puisse rapidement être remise en cause pour autoriser la reconversion de ces bâtisses en logements multiples, que ce soit sous forme de maisons kangourou, de cohousing ou encore de chambres d'hôtes. Sans quoi, ces villas risquent bien de ne plus se vendre et leur abandon de donner naissance à des chancres urbains d'ici quelques années.

Éric Cloes

Rédacteur en chef

Nos partenaires