"Les milléniaux sont une génération centrée sur le nous: la possession a fait place au partage"

22/02/17 à 17:12 - Mise à jour à 23/02/17 à 12:06

"La possession a fait place au partage, l'espace devient le nouveau luxe", déclare Amélie Rombauts de Trendwolves. Les observateurs de tendances anticipent l'avenir immobilier du millénial. "C'est une génération centrée sur le nous qui a peur de s'engager", estime l'observatrice de tendances Lina Juvens.

"Les milléniaux sont une génération centrée sur le nous: la possession a fait place au partage"

© Getty Images/iStockphoto

Le célibataire domine l'Union européenne (UE): pas moins d'un tiers de tous les ménages se compose d'une seule personne. "Entre 2005 et 2014, le nombre de célibataires dans l'UE a augmenté de plus de 25%", explique Amélie Rombauts. "En outre, le nombre de couples sans enfants en Europe est également en hausse : au cours de la même période, celui-ci a augmenté de presque 14%. Et il y a 16% de ménages composés de célibataires et leurs enfants. En plus, il y a de moins en moins d'enfants : encore un par ménage en moyenne comparé à presque dans deux dans les années 1980."

"Les familles deviennent moins nombreuses, le nombre de célibataires explose, la surface se réduit et tout cela exerce une influence sur notre mode de vie à l'avenir", ajoute-t-elle. "Nous assistons à une évolution auprès des habitants, avec de plus en plus de familles multigénérationnelles et recomposées. Mais également un changement de résidence : les maisons deviennent de plus en plus petites", raconte Rombouts. "Les initiateurs de projets neufs testent souvent les espaces partagés pour différents types de ménage et de phases de vie."

"L'aspect commune joue un rôle central et nous voyons plus de formes de cohabitation volatiles", estime l'observatrice de tendances Lina Juvens. "Ici, nous observons ladite génération-nous qui partage et crée en groupe. À cet égard, les projets de cohousing gagnent en popularité. Pensez à BotaniCo à Louvain où le jardin, la chambre d'amis, le bureau, la salle de jeu, la voiture, la buanderie, etc. sont partagés. Ou les projets tels que One Fifty Kouter à Gand qui remonte encore le niveau d'un cran avec un fitness, une piscine et un cinéma partagés. Le partage de facilités et de l'espace vert permettent de libérer plus de surface habitable."

"La possession a fait place au partage, l'espace c'est le nouveau luxe", estime Rombauts. "Les milléniaux sont ouverts au cohousing tant que cela n'entrave pas leur vie privée. Mais cette façon d'habiter est également intéressante pour les familles recomposées - où des ménages avec ou sans enfants cohabitent avec des amis ou inversement."

Habitations temporaires

"Les milléniaux ont peur de s'engager. Ils reportent l'achat d'une première maison, parce qu'à l'heure actuelle c'est plus difficile financièrement - regardez les nouvelles initiatives où l'on loue une habitation avant de passer à l'achat - mais aussi suite à la mentalité inculquée aux jeunes générations."

"Le monde est leur maison et les frontières nationales s'estompent", poursuit Rombauts. "Quand nous demandons aux jeunes Belges s'ils iraient à l'étranger pour un emploi, ils répondent oui : 66% de la Génération Z, 44% de la Génération Y. S'ils peuvent acheter une maison, ce sera rarement une habitation dans laquelle ils se verront vieillir. Ce sera plutôt une maison adaptée à leur phase de vie actuelle".

"L'idée derrière ces 'habitations temporaires', c'est que les expériences rendent plus heureux que les possessions matérielles. Et nous y adaptons les nouveaux projets d'habitations et de travail", déclare Juvens. "On fonde des communautés de coworking et de coliving telles que WeWork et Roam qui proposent des lieux de travail, des chambres et des appartements pour les free-lances et les nomades numériques pour un montant fixe."

"La maison prénuptiale est une autre forme d'habitation temporaire, poussée par les compositions familiales changeantes", déclare Rombouts. "Le nombre élevé de divorces a donné l'idée au Studio néerlandais Oba de penser une unité d'habitation facile à subdiviser si on se sépare un jour."

"Cependant, cette pensée modulaire est également utile pour gérer la carence de surface habitable", estime Juvens. Les observateurs de tendances estiment que dans les grandes villes, on expérimente davantage avec les habitations de très petite taille ou les microhomes où le moindre mètre carré est utilisé de façon optimale.

Mode de vie flexible

"Ces petites pièces modulaires sont une solution pour les mégas-villes du futur: nos villes qui ne font que se développer suite aux glissements démographiques. Au fond, vous avez un nombre énorme de célibataires qui sont seuls ensemble", explique Juvens. "Ce modulaire va parfois loin. Une natte peut également servir de chaise et on peut accrocher une plaque à induction au mur. La taille de la chambre à coucher et du living peut être adaptée en fonction des invités. C'est un mode de vie flexible et minimaliste."

On retrouve une autre initiative créative à Amsterdam. "La ville mise sur les habitations conteneurs pour alléger la pression sur la ville", explique Juvens. "Le Wenckehof été fondé en 2006 comme expérience de logement temporaire, mais sa popularité auprès des étudiants a mené à un statut permanent en 2011. Son succès a convaincu d'autres architectes et sociétés d'immobilier qui étaient à la recherche de solutions bon marché pour le manque d'habitations dans des villes du monde entier."

Outre le logement lui-même, l'environnement joue un rôle important. "Le quartier où l'on habite - de préférence vert, sûr, et facile d'accès - est primordial", affirme Rombauts. "Ainsi, les sites web tels que Rightmove et Realo proposent des maisons en fonction de critères tels que la vie nocturne du coin, les magasins, la culture, la revenu et l'accès aux écoles et aux transports en commun."

"La nature figure sur les listes de desiderata à présent que nous vivons de plus en plus dans un environnement urbain. "La durabilité est devenue sexy. Nous voyons apparaître le 'rooftop farming' sur les toits des villes où les habitants cultivent leur potager. En Chine, il y a lesdits farmscrapers, c'est-à-dire des villes verticales autosuffisantes. Nous voulons être écologiques, mais sans rogner sur notre style de vie."

On amène l'extérieur à l'intérieur, estiment les observateurs de tendances. "La nature vers les villes d'un côté, de l'autre les dernières astuces technologiques dans nos maisons. Les smart homes démontrent comment la technologie fait partie de notre vie quotidienne", explique Juvens. "C'est une technologie qui s'adapte automatiquement à notre schéma de vie et qui nous aide à créer notre environnement de vie idéal."

"En ces temps incertains, les gens aiment parfois se replier. C'est ce que nous voyons aussi", concluent les Trendwolves. "Nous nous enfermons un peu par besoin de chaleur du nid. Notre habitation devient un havre de paix au milieu de l'animation."

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