Peter Swinnen : "Les personnes qui construisent doivent se demander ce que peut représenter leur habitation pour la société".

21/02/14 à 12:18 - Mise à jour à 12:18

Source: Je Vais Construire

Pendant toute la durée de Batibouw, nous interrogeons quotidiennement un expert sur l'état du secteur de la construction. Aujourd'hui, c'est au tour du maître-architecte flamand Peter Swinnen.

Peter Swinnen : "Les personnes qui construisent doivent se demander ce que peut représenter leur habitation pour la société".

D'ici 2030, il faudra loger 330.000 familles supplémentaires et il faudra construire de nouvelles habitations pour une grande partie d'entre elles. Cependant, le maître d'oeuvre flamand Peter Swinnen estime que la façon de construire actuelle n'est pas viable sur le long terme. Il nous fait part de ses idées novatrices.

La croissance de la population - d'ici 2050, la Flandre comptera 1,2 million d'habitants supplémentaires - exige de nouveaux logements, un des nombreux défis qui attend le secteur de la construction belge.

Peter Swinnen: "En fait, le secteur se trouve déjà confronté à ce genre de défis. Après la Deuxième Guerre mondiale, la politique a imposé l'idéal apparent de l'habitation individuelle à la population. À coup de subsides, elle a encouragé les gens à habiter hors ville, ce qui a entraîné un excès de développements linéaires et de lotissements. En Flandre surtout, les constructions sont très dispersées. Franchir ces distances, pour les travaux d'égouts ou les transports en commun par exemple, entraîne des frais énormes".

PENSEZ À L'HABITATION PERPÉTUELLE

Comment ces problèmes sont-ils traités?

Swinnen: "Les problèmes ne sont pas traités comme ils le devraient. Le secteur doit bien réfléchir à l'avenir et proposer des idées innovantes. Nous vivons dans une atmosphère de protectionnisme et l'accent est toujours très fort sur l'individuel. Cependant, la solution réside dans la collectivité".

"Nous devons vivre et construire intelligemment. Il est important de penser à l'habitation perpétuelle quand on planifie de nouveaux projets. C'est essentiel pour faire face au vieillissement grandissant et à la durée de vie toujours plus longue".

Qu'entendez-vous par collectivité?

Swinnen: "Grouper les choses. Par exemple partager un grand jardin ou transférer une partie à l'espace public. J'habite moi-même avec 110 familles dans un bloc d'habitations à Bruxelles. Nous y avons une terrasse panoramique sur le toit, un grand jardin et même un certain nombre de chambres d'hôtel. Ce sont toutes des choses que je ne pourrais jamais payer tout seul. C'est un luxe, quelque chose qui rend la vie plus agréable. Et partager ne signifie pas qu'il y a tous les jours cent personnes sur la terrasse. J'y suis souvent seul".

Si nous voulons nous construire, on doit d'abord se poser la question "que peut représenter mon habitation pour la société ?"

La collectivité n'est pas une punition. Je crois que la vie sociale, tout comme habiter en ville, fait partie de notre ADN. Il s'agit toujours de partager. Nous sommes plus forts en tant que communauté que comme individu isolé".

Faut-il que nous allions tous habiter les villes déjà surpeuplées?

Swinnen: La ville est effectivement en train d'exploser. Cette pression nous indique qu'il faut vivre différemment. Mais cette tâche n'incombe pas uniquement aux habitants individuels. La politique doit s'adapter et soutenir davantage d'initiatives.

Les plus grands défis de secteur de la construction ne se limitent pas uniquement à l'habitat et aux soins, l'industrie doit également s'adapter. Lors du développement de nouveaux bâtiments, on réfléchit insuffisamment à tout l'ensemble. Prenez Uplace par exemple. Ce centre disposait à peine d'un plan global, chacun fait ce qu'il veut".

La politique de logement n'a-t-elle pas encore évolué suffisamment?

Swinnen: "Non. L'habitat peu énergivore par exemple est totalement laissé à l'individu. Subsidier les panneaux solaires d'une personne ne fera pas la différence. La politique doit s'orienter sur la société dans sa totalité même si peu à peu nous évoluons dans cette direction. Mais généralement, il s'agit encore d'initiatives particulières, ce qui est insuffisant.

Mais nous faisons de mieux pour y arriver. Pour l'instant, notre équipe de Maître d'oeuvre flamand (Vlaams Bouwmeester) collabore notamment avec la ministre flamande du Logement Freya Van den Bossche (sp.a) à plusieurs projets pilotes de logement collectif, qui devraient se terminer dans cinq ans".

LE CHANGEMENT DOIT ÊTRE TANGIBLE

Quels sont ces projets?

Swinnen: "Les projets pilotes mettent l'accent sur le renouvellement, un prix abordable, une réduction des frais et le paysage. De cette façon, les aspects financiers, sociétaux, techniques et écologiques sont transformés en "bénéfices". Les frais sont limités parce qu'ils sont partagés par les habitants et les distances se réduisent, ce qui entraîne des économies sur les travaux d'égouts par exemple et permet de réintroduire la verdure dans la ville.

En outre, il est important pour le Flamand de voir et de sentir le changement, afin qu'il reconnaisse que c'est possible. C'est pourquoi il est positif que les projets pilotes soient exécutés dans un contexte politique. Cela rend les choses plus tangibles".

Batibouw peut-il également jouer un rôle en proposant de nouvelles initiatives de logement ?

Swinnen: "Provisoirement, le salon met surtout l'accent sur le logement lui-même en proposant des matériaux et toutes sortes de gadgets. Pour beaucoup, l'architecture est un luxe qui devient visible après coup. Mais l'inverse est également possible.

L'architecture peut constituer la base d'une nouvelle politique, en aidant à le réaliser et le soutenir. Je rêve d'un Batibouw qui mette l'accent sur l'ensemble sociétal, un Batibouw qui montre qu'il est possible d'agir autrement. (SD)

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