"Peut-être que les happy few ne vivent pas dans une villa à la campagne, mais dans un petit appartement en ville"

20/02/17 à 11:37 - Mise à jour à 11:37

"C'est sérieux pour le Bouwmeester (maître d'oeuvre) flamand : l'espace ouvert, c'est le fil rouge. C'est pourquoi j'ai été appelée", explique Oda Walpot. "J'essaie de voir ce sentiment d'urgence dans notre pays comme quelque chose de positif. Après des années de pourparlers, il faut à présent introduire le changement."

"Peut-être que les happy few ne vivent pas dans une villa à la campagne, mais dans un petit appartement en ville"

© Getty Images/iStockphoto

La Flandre est urbanisée. "Mais au fond, ce n'est guère surprenant", estime Oda Walpot, conseillère du Bouwmeester. C'est comme une zone deltaïque, près de la mer. L'urbanisation est propre à ce genre d'environnement. Cependant, cela n'empêche pas que nous devons mener une politique d'espace ouvert."

Le Maître d'oeuvre flamand Leo Van Brouck l'a bien compris: "C'est sérieux pour le Bouwmeester (maître d'oeuvre) flamand : l'espace ouvert, c'est le fil rouge. C'est pourquoi j'ai été appelée", raconte Walpot.

Selon le conseiller, les défenseurs de l'espace ouvert doivent relever une série de défis considérables. Ils doivent répondre aux conséquences du changement climatique, assurer la production alimentaire et l'énergie, préserver la biodiversité tout comme l'eau propre, la fertilité du sol, le matériel de construction et les loisirs. "Nous avons besoin d'écosystèmes riches et résistants. D'une alternance optimale entre l'espace construit et non construit. De calme, de silence et de détente. Cette question d'environnement de qualité est fortement liée à la dimension de l'espace", raconte Walpot. "Nous ne pouvons tout simplement pas nous passer d'espace ouvert."

Une culture différente

Où a-t-on fait fausse route? "Il n'y a pas eu nécessairement d'erreurs dans le passé", estime Walpot. "Mais nous avons utilisé du terrain sans compter et c'est pourquoi nous devons saisir l'opportunité d'organiser le territoire. Notre richesse de sol n'est pas à sous-estimer, elle ne se récupère pas facilement. Changer de mentalité ne suffit pas, il faut une culture différente : si nous ne nous adaptons pas, nous gâchons notre qualité de vie et la possibilité de l'améliorer."

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"Si un bout de terrain est plus propice à servir de zone naturelle, il ne faut pas le démolir pour compenser ailleurs par un bois"

Pour Walpot, espace ouvert et urbanisation ne sont pas forcément contradictoires. "Je considère la ville comme un métabolisme vivant où l'espace ouvert fait partie d'un système plus large de relations entre l'espace physique et l'espace ouvert", explique la conseillère. "Nous devons nous débarrasser de l'idée que l'espace doit aller dans l'offensive ou la défensive, qu'il doive offrir des solutions aux problèmes inhérents à la ville. Il faut étudier les caractéristiques d'une région et déterminer le meilleur usage. Si un bout de terrain est plus propice à servir de zone naturelle, il ne faut pas le démolir pour compenser ailleurs par un bois."

"Un objectif important, c'est la densification pour aboutir à des ensembles consistants et qui fonctionnent bien tout en respectant nos besoins en matière de nature, loisirs et accessibilité", explique Walpot.

"Peut-être que les happy few ne vivent pas dans une villa à la campagne, mais dans un petit appartement en ville"

© Getty Images/iStockphoto

'"Nous devons comprendre qu'on ne peut satisfaire tous les souhaits individuels et renoncer à l'idée que chaque village et hameau doit être desservi. Tout le monde souhaite aller d'un point A à un point B et c'est impossible à organiser", déclare Walpot. "Il faut faire des choix si nous voulons continuer à fonctionner. Regardez la différence avec es Pays-Bas où la pensée collective est plus présente. Là-bas, on accepte plus rapidement qu'un job dans une autre ville implique de déménager. Ici, nous voulons continuer à habiter le même village. C'est le changement de culture dont je parle."

Une évolution positive

Walpot souhaite se débarrasser des concepts classiques. "Il faut oser essayer de nouvelles choses. Mais en Belgique, on est attaché à ce qu'on connaît", estime-t-elle. "C'est pourquoi il est important de miser sur des projets exemplaires : ce sont nos leviers pour changer la perception. Il s'agit de concrétiser les idées, plus que d'écrire de longs textes compliqués remplis de petites règles. Heureusement, on note une évolution positive."

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"La vie en ville où l'on prend le vélo pour aller chez le boulanger n'est pas pire que cette villa agréable"

Walpot évoque également la réglementation complexe : "Ce n'est vraiment pas dû aux actions complexes de l'un ou l'autre méchant fonctionnaire. Parfois, certaines normes découlent même des exigences des citoyens ou de la société". Mais nous pouvons considérer ce sentiment d'urgence comme quelque chose de positif : les gens réalisent de plus en plus que nous devons changer de cap. Nous en avons palabré pendant des années, mais maintenant nous devons vraiment le faire. Cela nous motive à instaurer le changement."

Ces changements doivent avoir lieu à tous les niveaux. "Auprès de la population, des formations, de l'administration, des coopérations. Si nous voulons de l'innovation, nous devons coopérer davantage" conclut Walpot. "Et ensuite, le changement de mentalité. La vie en ville où l'on prend le vélo pour aller chez le boulanger n'est pas pire que cette villa agréable. Les happy few vivent peut-être bien dans une ville qui bénéficie un accès à l'espace ouvert."

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