Retour de l'artisanat: 'Nous comprenons à nouveau ce qui a de la valeur'

23/02/17 à 13:59 - Mise à jour à 13:59

L'artisanat est le mot qui fait le buzz en architecture. A l'automne dernier, l'institut d'architecture flamand (VAi) a organisé l'exposition Ensembles sur le thème et toutes sortes de projets artisanaux voient le jour. "Les gens réalisent qu'ils avaient perdu le sens de ce qui a vraiment de la valeur", explique l'architecte d'intérieur Ella Van Wezemael à propos du retour de l'artisan.

Retour de l'artisanat: 'Nous comprenons à nouveau ce qui a de la valeur'

© Getty Images/iStockphoto

Avec l'exposition Ensembles à l'automne dernier, le VAi a accordé une attention supplémentaire à l'artisanat. Supplémentaire car l'artisanat semble bel et bien faire le buzz en architecture. "Nous nous sommes tellement habitués à pouvoir tout obtenir à très bas prix, mais de cette manière, nous avons aussi porté préjudice à la qualité", considère l'architecte d'intérieur Ella Van Wezemael. "Les gens comprennent aujourd'hui qu'ils avaient perdu le sens de ce qui a vraiment de la valeur."

Et c'est là que l'artisanat a été dépoussiéré. "L'artisanat a bien trop souvent eu une connotation vieillotte, il était associé au passé", explique Van Wezemael. "Ceci alors que de nombreux projets contemporains sont basés sur ces anciennes techniques."

Bokrijk Brandmerkt, avec le curateur Bart Lens, est un exemple de projet qui a donné un nouvel élan à l'artisanat. Van Wezemael y a conçu le nouveau museumshop et des espaces d'atelier.

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"L'artisanat doit être montré, ressenti"

"L'objectif est de rendre l'artisanat flamand du passé accessible aux visiteurs d'aujourd'hui", explique Van Wezemael. "Alors que les visiteurs étaient auparavant plutôt des spectateurs d'un Bokrijk statique, ils sont aujourd'hui devenus des participants actifs. Dans le domaine, tout le monde peut travailler avec les artisans traditionnels et même acheter le résultat du travail à la main et ramener ces objets chez eux."

L'aspect le plus important dans ce contexte est, selon Van Wezemael, le transfert de connaissances qui a lieu et qui est stimulé. "En général, les artisans emportent leurs connaissances avec eux sans les dévoiler, parce qu'ils n'en sont tout simplement pas conscients ou que ces connaissances ne peuvent pas être mises en mots", souligne l'architecte d'intérieur. "L'artisanat doit être montré, ressenti."

C'est ce que pense aussi le directeur du VAi, Christoph Grafe. Dans un communiqué de presse pour Ensembles, il déclare que "la nouvelle introduction de l'artisanat dans l'environnement urbain conduit à un renforcement de la connaissance et de l'expertise locales en architecture et dans le secteur de la construction". Par l'apprentissage d'un artisanat, les jeunes au chômage dans les villes peuvent, selon Grafe, aider à faire face à la pénurie d'artisans.

"On manque encore énormément de tels artisans en architecture", estime Van Wezemael. "Comme on a difficile à trouver de vrais artisans, on s'oriente souvent vers l'étranger."

"L'artisanat va notamment beaucoup plus loin que la pure utilisation du matériau. La brique, le bois, la pierre naturelle. C'est l'image que nous avons peut-être immédiatement devant les yeux, mais un peintre peut aussi être un artisan", explique Van Wezemael. "Il s'agit donc davantage de la manière dont une personne maîtrise un métier. Comment elle a appris à aborder les problèmes. En tant qu'architecte, vous voulez incontestablement avoir une telle personne à vos côtés."

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"Les produits artisanaux sont uniques, ils ont une histoire. Et c'est heureusement ce qui parle de plus en plus à nos contemporains."

L'intensité de cette collaboration entre l'architecte et l'artisan a également été soulignée par le VAi. "L'utilisation de techniques traditionnelles et de matériaux locaux, l'interaction entre le concepteur et la personne qui exécute le projet, la transmission des connaissances: cela conduit à des nouvelles approches et manières de construire", ressort-il encore dans le communiqué de presse.

"BC Architects and Studies travaille selon cette idée à la supérette de Bokrijk", ajoute Van Wezemael. "Ils utilisent des matériaux locaux." Mais selon le VAi, d'autres projets aussi, dont Gafpa, MUF, 6A et Patrick Bouchain, démontrent l'importance de l'artisanat pour le futur de l'architecture.

Le futur, car la résurgence de l'artisanat ne se limite pas uniquement à ce qui est traditionnel: l'impression en 3D est ainsi un artisanat populaire moderne et le béton préfabriqué un exemple de ce que le résultat peut en être. "Tout d'abord, des dessins 3D sont réalisés par un créateur de moules, qui conduisent à des magnifiques dessins complexes sur bois", affirme le curateur d'Ensembles Bart Tritsmans dans un communiqué de presse. "Ensuite, un moule est fabriqué dans lequel le béton est versé. Ce moule est fait avec une telle précision que cela a souvent l'air d'une sculpture en bois parfaitement finie."

"C'est la beauté de la chose : un artisan va toujours vouloir délivrer le meilleur produit. On peut vraiment compter sur la solidité et la fiabilité", juge Van Wezemael. "La connaissance approfondie des matériaux fait en outre que l'artisan peut plus facilement répondre à nos besoins."

"En architecture, on choisit peut-être encore les options les moins chères au détriment de l'artisanat, mais l'attention pour l'artisanat est de retour et c'est un début", conclut Van Wezemael. "Les produits artisanaux sont uniques, ils ont une histoire. Et c'est heureusement ce qui parle de plus en plus à nos contemporains."

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