"Solutions virtuoses malgré une boîte à outils banale" : le secret de l'architecture belge

17/02/17 à 13:37 - Mise à jour à 14:51

"Notre pays est traumatisé par l'architecture des années 1960 et 1970 qui a fait disparaître du patrimoine", explique Leo Van Broeck, le Bouwmeester (maître architecte) flamand. Pourtant, aujourd'hui l'architecture en Flandre attire l'attention à l'étranger. Explications.

"Solutions virtuoses malgré une boîte à outils banale" : le secret de l'architecture belge

© Getty Images

"La situation en Belgique a toujours été difficile pour les architectes", estime Leo Van Broeck. "C'était un pays conservateur traumatisé par une architecture de moins bonne qualité des années 1960 et 1970 qui a fait disparaître beaucoup de patrimoines."

Qu'est-ce qui rend l'architecture en Flandre aussi populaire à l'étranger ? "Les circonstances ont obligé nos architectes à réfléchir à des solutions virtuoses à l'aide d'une boîte à outils banale. Ils ont toujours dû se débrouiller avec peu de moyens", déclare Van Broeck. En d'autres termes, les budgets de construction incitent à la créativité. "Pourtant, il faudrait des budgets plus élevés, malgré le fait qu'ils ne peuvent plus beaucoup augmenter. Mais si nous accordons de l'importance à notre santé, nous devons être prêts à en payer le prix. Détruire la planète a un coût. Si nous voulons compenser cela, nous devons être plus ambitieux."

Les défis auxquels fait face la Belgique sont globaux. "La société change à un rythme effréné. L'architecte doit tenir compte de familles fragmentées, de petites familles, la monogamie sérielle fait que certaines familles comptent cinq enfants à certains moments, et un seul à d'autres", explique le Bouwmeester. "Cependant, nos architectes présentent l'avantage d'avoir l'habitude de ce genre de circonstances difficiles."

Partager

"Les architectes sont des créatifs qui remettent certaines règles en question"

L'architecture belge n'est pas tapageuse, mais elle possède quand même un caractère singulier : "Autrefois, l'architecture de nombreux pays se caractérisait par une rage de design tout sauf modeste. Les bâtiments ordinaires n'étaient pas considérés comme de l'architecture", raconte Van Broeck. "Par contre en Belgique, nous avons toujours tout regardé comme si c'était de l'architecture. Je crois que nous lui devons notre réflexe chronique de qualité."

Le Bouwmeester explique pourquoi en Belgique on mise davantage sur la qualité que sur le formalisme. "Nous devons utiliser les bons moyens pour atteindre une plus-value sociétale. Que peut signifier un bâtiment pour l'environnement ? En Belgique, c'est le fonctionnel qui prime. Il ne faut pas toujours que ce soit esthétiquement original ou innovant", estime Van Broeck. "Nous semblons osciller entre le Méditerranéen émotionnel et le Scandinave pragmatique et c'est plutôt sain."

Finalement, c'est aussi la réglementation belge compliquée qui a formé les architectes. "Bon, nos architectes sont formés de façon à trouver des solutions simples au sein d'un cadre difficile", estime Van Broeck. "Pourtant, nous devons nous débarrasser de la réglementation statique dont nous avons l'habitude depuis si longtemps. Aujourd'hui, un plan d'exécution spatial doit être revu après un an. C'est exagéré."

"Les architectes sont des créatifs qui remettent certaines règles en question", poursuit le Bouwmeester. "Finalement il faut partir d'une certaine intention, et puis seulement réfléchir aux règles. Je suis d'accord de les respecter, sauf si on obtient un meilleur résultat en dehors de la réglementation qui répond à l'intention originale. Nous devons donner la priorité au bon sens."

Partager

"Habiter la ville doit être plus attirant que de vivre dans un lotissement. Un jardin botanique, une terrasse, un atelier : tant que le facteur d'amusement soit important. Sur ce point, nous sommes bien partis, mais c'est un travail de longue haleine, et nous n'y sommes pas du tout."

Pour le Bouwmeester, la méthode actuelle où ce qui ne respecte pas les règles est renvoyé aux calendes grecques est contre-productive. "Nous devrions pouvoir nous montrer plus flexibles. Je crois en la fondation d'une chambre de qualité où les cas exceptionnels non réglementaires seraient jugés séparément. Une méthode proactive qui vise la qualité."

Malgré la popularité acquise en circonstances difficiles de l'architecture flamande, Van Broeck estime qu'il y a encore du pain sur la planche. "La Flandre est pulvérisée. Les zones vertes ont été détruites par les lotissements. Il faut réparer ce vert."

Pour le Bouwmeester, il faut chercher la solution dans les villes. "Nous devons prendre le rêve des Flamands d'habiter dans un lotissement au sérieux. Leur donner ce qu'ils y allaient chercher, même si c'est dans une ville connectée ou empilée avec plus de maisons mitoyennes", explique Van Broeck. "Habiter la ville doit être plus attirant que de vivre dans un lotissement. Un jardin botanique, une terrasse, un atelier : tant que le facteur d'amusement soit important. Et nous voulons aussi vivre plus près des transports publics, l'école, les magasins, la crèche et les soins pour les personnes âgées. Sur ce point, nous sommes bien partis, mais c'est un travail de longue haleine, et nous n'y sommes pas du tout."

En savoir plus sur:

Nos partenaires