Façades habillées de vert

29/06/08 à 13:28 - Mise à jour à 13:28

Source: Je Vais Construire

La végétation qui couvre aujourd'hui certaines façades ne sert plus seulement à cacher la laideur de ces dernières, mais constitue désormais un élément architectural à part entière.

Façades habillées de vert

La végétation qui couvre aujourd'hui certaines façades ne sert plus seulement à cacher la laideur de ces dernières, mais constitue désormais un élément architectural à part entière. Les possibilités vont bien au-delà de la plantation toute simple d'un lierre grimpant.

Le Parlement bruxellois arbore sa façade verte, tout comme la nouvelle boutique d'Ann Demeulemeester à Séoul : les murs de végétation s'inscrivent clairement dans les tendances du moment. Surtout chez nos voisins, les Français en tête. Il ne s'agit plus d'une façade envahie par le lierre, mais bien de structures soigneusement mises au point, qui transforment la façade en véritable jardin. Une idée des plus attrayantes, surtout dans les grandes métropoles, où les espaces verts viennent à manquer et où les murs aveugles abondent. Une façade végétale présente bien des avantages : elle introduit de la verdure là où on trouverait des murs dénudés ; elles ont une influence positive sur le climat urbain et un impact non négligeable sur l'isolation acoustique et thermique d'un bâtiment. Enfin, elles offrent un caractère architectural : plus que jamais, le "mur vert" se veut un élément essentiel qui s'inscrit dans un concept architectural global.

1. Les systèmes de façades

Les systèmes pour façades vertes se composent de structures portantes spécialement conçues à cet effet, comportant des bacs dans lesquels les plantes peuvent croître. Ainsi, on peut non seulement utiliser des plantes grimpantes, mais aussi toute une gamme d'autres plantes faciles à entretenir (par exemple les sedums).

Un mur végétal

Le fondateur de ces systèmes de façades est le botaniste français Patrick Blanc. Il a conçu le premier Mur Végétal et a fait breveter son invention il y a une vingtaine d'années. À la base du mur végétal, une grille en métal que l'on fixe sur la paroi murale et sur laquelle on monte ensuite des panneaux en PVC. Cette base solide est ensuite recouverte d'une couche de feutre qui sert de substrat pour les plantes. Par-dessus la construction, on place un système d'irrigation qui dispense l'eau et les éléments nutritifs pour les plantes à cette couche de feutre. Patrick Blanc, qui s'est rendu célèbre avec ce système, a créé des murs végétaux un peu partout dans le monde, sur les places publiques : la façade du Musée du quai Branly, la cour intérieure du Parlement bruxellois, ou encore le mur de l'ambassade de France à New Delhi. En termes de plantes, Blanc est très sélectif : il tient compte de la constitution de leurs feuilles ; il faut également être conscient que la plupart des plantes poussent à l'horizontale et ne survivent pas sur une structure verticale. Ce système est non seulement appliquéà l'extérieur (façades, cours intérieures), mais également à l'intérieur par exemple, dans les réceptions de grands hôtels. Entre-temps, ce pionnier du mur végétal est allé plus loin encore dans sa démarche : il a conçu un plafond végétal pour l'exposition "Folies végétales" qui a connu un immense succès à Paris l'an dernier.

D'autres systèmes

L'idée a fait école et a immédiatement suscité des vocations. La plupart des fabricants de systèmes de façades vertes ont recours, à la base, à une structure portante métallique, dont l'avantage est de ne pas constituer une surcharge trop importante pour la façade.

Vegetal ID utilise pour sa Façade Végétalisée de la laine minérale qui reste emprisonnée dans un cadre métallique. Cette laine absorbe l'eau et compose un substrat pour les sedums qui poussent sur ce système.

La firme limbourgeoise Limeparts utilise des bacs métalliques empilés : ils sont garnis de mousse dans laquelle les sedums peuvent se fixer ; la mousse retient en même temps la quantité d'eau nécessaire à la croissance des plantes. Les bacs sont montés sur une structure métallique et peuvent être basculés pour jauger la quantité d'eau qu'ils doivent stocker.

À l'instar de Limeparts, Greenwall utilise des bacs préformés, les Greenbox, pour son système Végétalis. Ils remplacent par contre la mousse par du polystyrène expansé.

Enfin, Intemper part de modules en acier galvanisé. Ces modules sont perforés et revêtus, à l'arrière, de polystyrène extrudé ; ils comportent une couche de substrat dans laquelle les plantes trouvent les éléments nutritifs nécessaires.

Le gros avantage : une protection

Le cadre métallique d'un tel système de façade n'est pas posé directement sur la façade : on prévoit toujours un vide d'air entre les deux. Et c'est justement cette couche d'air qui procure une isolation supplémentaire au bâtiment, tant au plan acoustique que thermique. En même temps, la façade est protégée contre les intempéries : le mur vert forme en quelque sorte un véritable bouclier. Ces systèmes veillent aussi à ce que les plantes n'aillent pas prendre racine directement dans la façade, pour ne pas risquer, à long terme, de mettre la stabilité du bâtiment en péril.

S'il est correctement placé, un jardin vertical dure des années. Toutefois, à l'instar de n'importe quel jardin, il faut l'entretenir : trois à quatre fois par an, il faut le rafraîchir, éliminer les plantes flétries et tailler... Il est tout aussi crucial de surveiller le système d'irrigation. Étant donné la hauteur du jardin, difficile d'accès qui plus est, il est avisé de conclure un contrat d'entretien avec une firme spécialisée.

Le gros inconvénient : le prix

Comme pour n'importe quel jardin, il n'existe aucune garantie sur la beauté de la chose : si des plantes meurent pour l'une ou l'autre raison et que des vides se créent, le mur perdra très vite son aspect attrayant. Un entretien régulier est donc indispensable.

Le plus gros inconvénient provient du prix. Si vous optez pour l'un de ces systèmes de façade, attendez-vous à payer un supplément conséquent par rapport aux revêtements habituels de façade comme la brique, le plâtre ou le bois. Vous devez compter un prix minimum de 300 à 400 euros par m2. Et bien sûr, si vous voulez vous offrir les services d'une célébrité comme Patrick Blanc, le chiffre grimpera davantage. Ces montants comprennent cependant l'étude, l'accompagnement, les matériaux et le placement.

2. La végétation de façade

Ces systèmes de façades ne sont toutefois pas à la portée de tout un chacun. Ils sont plus chers que les revêtements tradi- tionnels et demandent un entretien plus intensif : mais si vous aimez jardiner, c'est un avantage. Par ailleurs, la gamme de supports pour plantes grimpantes s'est fortement étoffée au cours de ces dix dernières années.

3 espèces

On distingue trois espèces de plantes grimpantes selon la manière dont elles utilisent la façade pour se fixer :

La végétation directe comprend les espèces autogrimpantes qui se hissent le long de la façade à l'aide d'organes de fixation. Le lierre et la vigne vierge en sont de magnifiques exemples.

La végétation indirecte comprend les plantes à tiges volubiles, à vrilles et à racines adventives. Celles-ci requièrent un support pour grimper, d'où le nom de croissance à distance, étant donné que le support se trouve à quelques centimètres de la façade.

S'il est impossible de mettre les plantes en terre au niveau du sol, on peut les planter dans des bacs et ensuite les installer sur le toit. Cette végétation tombante se déploie alors sur toute la hauteur de la façade.

Source : Brochure "Gevelbegroening" (Végétalisation de façades) - département Nature et Forêts du ministère de la Communauté flamande.

Groupes de plantes

Parmi les différentes espèces de végétation, les plantes sont subdivisées en plusieurs groupes. Il est important de les connaître afin de faire le bon choix pour chaque cas de figure.

Les plantes grimpantes à ventouses qui s'ancrent automatiquement dans la façade. Il s'agit en fait de petits filaments de racines qui peuvent s'ancrer dans les interstices et les petites irrégularités d'un mur. Ces filaments ne s'enfoncent guère plus que de quelques millimètres et ne détériorent donc en aucune manière la façade, aussi longtemps que vous ne délogez pas la plante ; mais si vous l'arrachez sans aucune précaution, vous risquez de faire tomber des joints ou du plâtrage.

Les plantes grimpantes à tiges volubiles composent le plus grand groupe. Dans leur recherche de lumière, elles se hissent en s'enroulant avec leurs tiges autour du support. Les plus connues de cette espèce sont le chèvrefeuille, la glycine et le polygonium (ou renouée).

Les plantes grimpantes à vrilles grimpent à l'aide de leurs organes filiformes qui s'enroulent en spirale autour du support. Ces vrilles se tortillent jusqu'à ce que les épines soient stimulées et se cramponnent au support, pour ensuite s'y développer. Citons notamment la vigne vierge et la clématite.

Les plantes grimpantes à crampons, qui s'adossent simplement aux supports, utilisent leurs épines ou leurs racines aériennes pour s'accrocher au support et grimper vers les hauteurs. Le jasmin d'hiver et les rosiers grimpants sont des exemples bien connus de cette espèce.

Faites un choix réfléchi

Pour choisir la plante qui convient le mieux à votre cas de figure, il faut répondre à certains critères. Le tableau ci-contre vous mettra sur la bonne voie.

Tuteurs

Les tuteurs de plantes sont disponibles en divers matériaux : bois, matériau synthétique ou métal. On peut les acheter prêts à l'emploi dans les jardineries ou les monter soi-même.

Les supports les plus fréquemment utilisés sont encore les treillis en bois. Ils ne coûtent pas cher et sont faciles à installer. L'inconvénient, c'est que le bois étant un matériau naturel, il peut se rompre après un certain temps.

Les matériaux tels l'inox, le métal, le fer ou le carbone ont une plus grande longévité, mais sont aussi plus onéreux. Il existe des firmes spécialisées en la matière. Les systèmes de Thomas Brandmeier en sont un bel exemple : il s'agit de câbles en acier qui sont bien ancrés dans le mur et forment un solide échelon d'escalade pour toute une gamme de plantes. Il existe même une version design de ce système. Les ancrages peuvent varier selon le poids et la force de traction des plantes.

3. Un jardin parmi les pavés

Il ne s'agit pas d'un habillage de façade à proprement parler, mais d'une plantation en trottoir que l'on installe tout contre la façade avant. C'est une jolie alternative à l'installation d'un jardin devant la maison, souvent difficile à réaliser en plein coeur des villages et des villes, faute de place. Les trottoirs sont collés aux façades ; en ôtant une partie du pavage - dalles de béton ou klinkers -, on peut créer l'espace nécessaire pour y installer un tout petit jardin, sorte de "jardinet de trottoir".

Le fait de retirer un pavé permet aussi d'installer des plantes grimpantes qui envahiront la façade. Mais n'oubliez pas que l'on ne peut pas utiliser n'importe quelle espèce dans ce cas. Il faut éviter les variantes àépines et celles dont les racines prolifèrent, parce qu'elles peuvent causer des dégâts en profondeur au niveau des canalisations ou des fondations.

Dans le cas de plantations en trottoir de plus grandes dimensions, outre les plantes grimpantes, on peut aussi utiliser des arbrisseaux, des plantes couvre-sol ou des annuelles.

N'oubliez pas, au moment de les choisir, de tenir compte du volume que les plantes peuvent acquérir. Privilégiez celles au feuillage persistant. Ainsi, la voie publique ne sera pas encombrée par la chute des feuilles.

Un autre point important : renseignez-vous auprès de l'administration communale concernant la réglementation en matière de plantations en trottoir. En effet, on ne peut pas commencer à dépaver le trottoir pour planter tout ce qu'on veut. Un trottoir doit d'ailleurs toujours conserver sa fonction de passage pour les piétons.

Texte : Tim Vanhove

Je vais Construire & Rénover 05/2008

Astuces

TRUCS ET ASTUCES

Utilisez des tuteurs uniquement si c'est nécessaire. Pour les plantes grimpantes à ventouses, ils constituent même un obstacle à leur montée en hauteur.

Ne placez pas le treillis trop loin du sol, pour que la plante ne doive pas combler un trop grand vide avant d'atteindre son support.

Un treillis trop large ne donnera pas un bon résultat. En effet, la plante grimpante ne pousse qu'en hauteur. Vous n'auriez donc pas une croissance drue.

Optez surtout pour des plantes volubiles et veillez à ce que le treillis ne soit pas trop épais. La plante doit pouvoir se lover autour des rameaux.

Un crampon en acier ne sera pas un bon support. Il empêche la plante de pousser en épaisseur.

Veillez à ce que la plante ait suffisamment d'espace pour ses racines. Éliminez les cailloux ou les déchets de matériaux de construction pour dégager la terre.

Si le mur contre lequel vous allez mettre une plante grimpante est endommagé, il vaut mieux d'abord le réparer, afin que la plante n'aggrave pas les dégâts.

Supplément LES PLANTES GRIMPANTES PEUVENT-ELLES ENDOMMAGER UNE FAçADE ?

On a déjà fait couler beaucoup d'encre sur les dommages que peuvent ou non causer les plantes grimpantes sur une façade : elles provoquent des trous dans les joints, elles minent la stabilité des murs, elles soulèvent la toiture...

C'est vrai et c'est faux. On ne peut pas affirmer que toutes les plantes grimpantes causent des dégâts. Tout dépend de l'espèce de plante, de l'endroit où elle est plantée, de la qualité du mur et de l'entretien des deux. Quelques exemples.

Le lierre, une plante grimpante bien connue et appréciée, s'enracine aux murs et aux joints. Tant que la plante reste en place, tout va bien. Les problèmes surviennent si les joints commencent à se désagréger sous le poids des ans ou si vous décidez d'enlever le lierre. Dans ce dernier cas, la prudence est de mise : si vous tirez par secousses, vous risquez d'arracher aussi quelques morceaux de mur.

Une vigne vierge s'agrippe au mur avec de petites vrilles. C'est une véritable splendeur, surtout en automne, lorsque les feuilles se colorent du jaune tendre au rouge vif. La vigne vierge est volontaire : il y a de fortes chances qu'elle s'engouffre dans le moindre interstice. L'éliminer exige tout un travail, mais le risque de détacher aussi des morceaux de mur est faible. Les vrilles restent cependant accrochées au mur et sont difficiles àéliminer.

Attention aux plantes volubiles du genre polygonium : elles se lovent littéralement partout. Elles présentent aussi un appareil radiculaire particulièrement solide susceptible d'endommager, à terme, canalisations et terrain.

D'autres plantes grimpantes, telles les clématites, ne s'accrochent pas au mur mais demandent un entretien régulier, ce qui peut en décourager plus d'un.

Deux points importants à ne pas négliger :

1. Veillez à ce que les conditions soient optimales : pas de fissurations ou de trous dans le mur (pensez aussi au raccord avec la toiture) et un palissage (si nécessaire) bien implanté.

2. Prenez conseil auprès de spécialistes et demandez à vos amis et connaissances qui ont déjà tenté l'expérience, afin que vous puissiez faire le bon choix pour le bon emplacement.

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