En images: des matériaux bruts et un abri costaud

16/02/15 à 16:47 - Mise à jour à 16:47

À l'initiative d'une agence de pubs, ce bunker a été aménagé pour y accueillir des familles en vacances. Un abri costaud entouré d'eau, des matériaux bruts et un dépaysement garanti !

Oublier, le temps d'un week-end, internet et les médias sociaux. Avec ses murs épais, ce bunker est le lieu idéal pour une désintoxication numérique. Impossible d'y surfer sans fil à cause des murs de plus d'un mètre d'épaisseur. Par contre, on pourra y jouir d'une vue imprenable et partir sur des chemins de promenade à pied ou à vélo. Non loin de là, il y a même un bac avec lequel on peut traverser le plan d'eau. Ah oui, nous sommes aux Pays-Bas...

À l'abri

Le bunker est situé sur un magnifique terrain entouré d'eau, à moitié enterré dans une colline. "Au cours de la Seconde Guerre mondiale, on l'utilisait comme abri pour les soldats néerlandais", nous explique Tim Driesen, directeur créatif de l'agence publicitaire Famous. "On recense encore bon nombre de bunkers dans la région, tous de la même forme et aux mêmes dimensions. À l'époque, onze hommes pouvaient y passer la nuit.". Depuis peu, le monolithe de béton est devenu un abri pour les vacanciers. Il peut en accueillir quatre, grand maximum.

L'aménagement de ce bunker découle d'une campagne publicitaire pour l'assureur Delta Lloyd. "Cette compagnie voulait augmenter le nombre de visiteurs sur son site. Nous étions à la recherche d'un concept illustrant la solidité de la protection financière. Ce bunker était la métaphore parfaite : une protection pour la famille. Jumelé à la campagne, un concours permettait d'y remporter un séjour de deux semaines."

Cherche bunker...

Pour concrétiser leur idée, Tim et ses collègues ont parcouru tout le pays. "Nous avons d'abord cherché en Belgique mais, en raison des nombreux règlements en vigueur et des permis à obtenir, la rénovation d'un bunker s'est vite révélée impossible. Il fallait, en outre, pouvoir y relier l'eau et l'électricité, ce qui n'est pas évident dans les zones rurales reculées. Nous avons contacté les propriétaires, l'armée... en vain. En fin de compte, nous nous sommes tournés vers les Pays-Bas et nous avons pu contacter un organisme responsable de la réaffectation de ces monuments."

Construit en 1939, le bunker se trouve à quelques pas du fort Vuren, vieux de 170 ans, dans une zone qui a connu des combats sanglants. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le fort est tombé aux mains des Allemands. Aujourd'hui, il abrite un bed & breakfast. Ce qui a facilité les choses pour l'acheminement de l'eau et de l'électricité vers le bunker.

Préserver l'aspect brut

Pour réaliser ce projet, Tim et ses collègues ont fait appel au bureau d'architecture B-ILD de Bruxelles. "On ne disposait d'aucun plan. L'architecte Kelly Hendriks a donc dû prendre les mesures du bunker sur place. Le béton était en bon état. Çà et là, des passants avaient inscrit leur nom sur les murs, mais un coup de nettoyeur haute pression a permis de tout effacer et d'éclaircir un peu le béton. D'entrée de jeu, il était convenu que l'on conserve le caractère robuste de la bâtisse. Plafond, sol et murs n'ont donc reçu aucun revêtement."

Miroirs et méranti

Le bunker comprend deux pièces principales dont la plus vaste atteint à peine les 9 m². La hauteur intérieure ne dépasse pas 1 m 80. L'architecte et son équipe ont dû partir de zéro. Que fallait-il pour offrir un minimum de confort ? "On a un ensemble monolithique, sombre et entièrement fermé. Il ne fallait donc pas s'attendre au grand luxe."

Comme le bunker n'est pas très spacieux, on a creusé des niches dans les parois de béton pour y installer des étagères et des placards sur une petite profondeur. Aucun d'eux ne présente de parois latérales. Chacun est doté d'un éclairage intérieur. Outre le béton, le bunker est habillé de bois, plus précisément de méranti. "On utilise aussi des miroirs en bronze pour doubler l'impression d'espace." Quant à l'éclairage, on l'a aussi adapté : des ampoules à basse température de couleur créent une ambiance assez feutrée.

Des meubles modulaires

On y pénètre par une ouverture étroite. Ensuite, une porte classique donne sur une petite cuisine en inox. Elle est équipée d'un réfrigérateur, d'un évier, d'une hotte et d'une cuisinière électrique. Derrière la cuisine, une pièce sert à la fois de séjour et de chambre à coucher. "Il a fallu jongler avec le mobilier", nous confie Tim. "Rien n'est standard. Tout est sur mesure. Nous avons démonté chaque élément avant de les entrer à l'intérieur."

Petit détail pratique : on peut déplacer et démonter chaque meuble, les remonter, les rehausser ou les abaisser... La plupart sont dotés d'une double fonction. On peut, par exemple, utiliser les lits comme fauteuils. En-dessous, sont placés des tiroirs. Autres solutions intéressantes : la table escamotable et les tabourets qui servent aussi de marchepieds pour les lits, ou de table de nuit.

Une véritable chambre noire

L'encadrement de la porte d'entrée et les charnières métalliques sont d'origine. "Nous avons tout réutilisé, mais installé une nouvelle porte. L'encadrement est en acier galvanisé pour rester en harmonie avec les matériaux bruts de l'ensemble. On y a cependant ajouté une vitre pour laisser entrer la lumière naturelle." L'ouverture dans le toit, où se glissait autrefois le périscope, a aussi été conservée. L'idée d'en installer un nouveau n'a pas été retenue pour des raisons budgétaires. Cependant, d'après l'architecte, cette ouverture présente d'autres avantages : "c'est sympa parce qu'on voit le ciel étoilé. Et la pluie a bien du mal à y pénétrer, car le béton y est très épais."

On note aussi la meurtrière dans le prolongement de ce qu'on pourrait appeler le hall. "On y découvre une plaque métallique d'origine. Quand on la fait coulisser et qu'il fait noir à l'intérieur, le paysage est projeté à l'envers sur le mur d'en face."

Pas d'isolation

On n'a installé ni isolant ni chauffage dans le bunker. "Le climat intérieur est suffisamment agréable grâce à l'épaisse membrane de béton. Elle vous protège contre le vent et les intempéries. Dans les cloîtres ou certains bâtiments historiques, c'est pareil : la masse des murs permet de maintenir une température constante. Pourtant nous avons mesuré le taux d'humidité des murs", nous explique Tim, "et nous n'avons rien trouvé de bien dramatique."

Comme il était quasiment impossible de pratiquer des saignées dans les parois de béton, aucune conduite n'a été encastrée et il a fallu en limiter les dimensions. À hauteur de la cuisine, le mur a cependant été percé pour réaliser le raccordement avec les conduites d'eau et d'électricité du Fort Vuren non loin. Pour limiter le câblage intérieur, les ampoules intérieures s'allument et s'éteignent à l'aide d'un cordon.

Petits et grands besoins

Aucun problème pour cuisiner ou pour se brosser les dents dans le bunker. Mais pour prendre un bain et aller aux toilettes, il faut se rendre aux sanitaires du fort. À côté du bunker, une terrasse permet de profiter du beau temps. Elle présente les mêmes dimensions que le bunker. Les pieds qui la soutiennent sont montés en porte-à-faux, de sorte qu'elle semble flotter. "Nous l'avons réalisée avec les planches de coffrage utilisées pour couler le béton du bunker. Ainsi, nous rendons, en quelque sorte, le bois à la nature."

À suivre...

Le permis de bâtir, les exigences en matière de sécurité incendie, les règlements PEB... sont aussi requis pour la transformation d'un bunker. À plus forte raison aux Pays-Bas où tout fait l'objet d'un contrôle très strict. "On le remarque à tous les bâtiments qui présentent un aspect uniformisé", nous confirme Tim. "Mais, chose étonnante, si l'on veut s'en écarter, il y a des ouvertures. Les autorités néerlandaises sont sévères mais restent humaines. Et dans le cas de notre projet, nous avons pu bénéficier de leur bonne volonté à plus d'un égard."

Wim Deloof

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