Le seuil vu par l'architecte

30/06/10 à 17:59 - Mise à jour à 17:59

Source: Je Vais Construire

En Belgique, la façade est bien souvent réduite. Mais le champ de l'architecture permet en réalité de nombreuses autres options.

Le seuil vu par l'architecte

En Belgique, la façade est bien souvent réduite, notamment à cause de règles de lotissement drastiques, à un mur en briques percé de modestes baies verticales. Mais le champ de l'architecture permet en réalité de nombreuses autres options, même dans le respect des normes urbanistiques.

Jeux sur les matériaux, les proportions, l'ouverture ou la fermeture vers la rue, la forme des baies, verticales ou horizontales par exemple... Le champ des possibles est vaste. Tout dépendra donc de ce que l'habitant voudra transmettre au monde extérieur. Guy Adant est architecte au bureau Gamma de La Louvière et professeur, depuis de nombreuses années, à l'Institut d'architecture Victor Horta à Bruxelles. Il nous livre sa vision de l'avant-scène.
Est-ce que, selon vous, l'extérieur reflète la personnalité des habitants?

Oui, l'extérieur de la maison témoigne de la singularité culturelle des gens. C'est comme cela par exemple qu'on peut retrouver dans un lotissement une colonne dorique et un pseudo-fronton en béton devant la maison d'un Grec. De nombreuses personnes affichent aussi une certaine nostalgie romantique, avec la recherche d'un style "fermette", la présence d'un faux puits dans le jardin... La façade, c'est ce qui s'affiche, en terme de communication, et les gens l'ont bien compris. À l'extrême, ils achètent un modèle "de base" et, comme avec les voitures, ils font du tuning!

Mais ce ne sont là que des détails... Les maisons, elles, se ressemblent beaucoup...

Tout notre monde, notre éducation, nous pousse à la standardisation. Dans l'histoire des 3 petits cochons, seule la maison en briques résiste au loup, c'est dire le message véhiculé! La société transporte des stéréotypes et, souvent, les tentatives de personnalisation ne dépassent pas le 1er stade.

Des éléments plus architecturaux peuvent pourtant témoigner de la personnalité des habitants...

Oui, en effet. Les ouvertures ou les fermetures en façade pourront témoigner d'un caractère extraverti ou introverti... Les matériaux jouent aussi un rôle. Dans le temps, les ouvriers avaient des maisons en briques et plus on montait dans la hiérarchie, plus il y avait de la pierre en façade... Autre constat: autrefois, les maisons en bois étaient très marginales et seules les personnes qui avaient voyagé, dans les pays nordiques notamment, et qui avaient un bagage culturel important étaient tentées par l'expérience.

Notre bureau est l'un des premiers à avoir réalisé ce type de maisons en Belgique. Aujourd'hui, avec le brassage médiatique autour du bois, ce matériau est devenu conventionnel.

Comment expliquer que la personnalité des gens ne s'affiche pas davantage, dans les formes, etc.?

Un jour, un client m'a dit devant l'esquisse que j'avais faite pour lui: "Cette maison est trop belle pour moi!" Tout le monde n'est pas prêt à afficher fièrement sa personnalité à front de rue. Souvent, on me dit: "À l'avant, faites quelque chose de sobre; à l'arrière, vous pouvez faire ce que vous voulez"... Il y a une volonté de se couler dans la masse.

En tant qu'architecte, comment définiriez-vous l'avant-scène?

Il ne s'agit pas que de la façade! Il faut que les abords entrent en résonance avec le bâtiment. Le passage du domaine public au domaine privé doit prendre un certain temps. C'est dans cet entre-deux qu'il est possible de dire quelque chose aux gens, de les laisser à leur perception. Or ce parcours est souvent banalisé... Moi, je dis: "À abords médiocres, maison médiocre"... Tout doit être travaillé en même temps, les abords doivent être en continuité avec la musique intérieure.

Fanny Bouvry


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