Lire dans le ciment

07/07/16 à 15:34 - Mise à jour à 15:33

Source: Je Vais Construire

Matériau " banal " par excellence, le ciment est pourtant capable de nous renseigner sur l'état du secteur de la construction, et plus loin encore sur la situation géopolitique de certaines parties du monde. Récemment, Febelcem, la Fédération de l'industrie cimentière belge, publiait son bilan 2015. Que peut-on y lire ?

Lire dans le ciment

© Getty Images/iStockphoto

Tout d'abord, que l'année 2015 fut une bonne année pour les ventes de ciment dans notre pays. Celles-ci ont augmenté de près de 5% par rapport à l'année précédente. Deux raisons majeures sont avancées par les cimentiers : en premier lieu des conditions climatiques favorables sur toute l'année, et donc très peu de jours de chômage d'intempéries. En second lieu, une bonne tenue de la nouvelle construction résidentielle. A première vue, cette raison est en contradictoire avec le recul de la construction de nouvelles maisons, mais à y regarder de plus près, l'on constate que la croissance citée concerne la construction collective (appartements, maisons de repos...). Or, celle-ci engendre une consommation de béton armé, et donc de ciment, nettement plus importante par personne logée que la construction individuelle. De plus, la part de marché des méthodes de construction dites alternatives (bois, acier...) est plus faible dans la construction collective que dans la construction individuelle. Ceci expliquant donc cela.

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En effet, le ciment étant un produit bon marché, l'impact du prix du transport sera proportionnellement plus important que sur des produits de plus haute valeur ajoutée.

Ensuite, que les importations de ciment ont augmenté de manière significative. En cause : un marché de la construction déprimé dans les pays voisins. Les cimentiers néerlandais et français ont donc écoulé chez nous leur ciment à prix cassé. Mais cette situation pourrait bien être contrecarrée par l'introduction de la toute nouvelle taxe kilométrique. En effet, le ciment étant un produit bon marché, l'impact du prix du transport sera proportionnellement plus important que sur des produits de plus haute valeur ajoutée. Cette hausse potentielle du prix du transport pourrait donc de nouveau favoriser les producteurs locaux et, in fine, avoir un impact positif sur l'environnement en réduisant les distances entre les producteurs et les chantiers.

Mais le caractère incontournable du ciment dans la construction peut aussi lui conféré un pouvoir politique inattendu. On apprenait début avril que l'Etat d'Israël avait décidé d'interdire les importations de ciment dans la bande de Gaza, fortement endommagée par les bombardements de l'été 2014. Israël accuse en effet le Hamas de détourner le ciment destiné à la reconstruction des immeubles pour rebâtir les tunnels démolis par les dits bombardements. Résultat, cette décision d'Israël met un frein à la reconstruction des logements démolis. Selon l'ONU, plus de 75.000 palestiniens sont toujours considérés comme "déplacés" suite à la démolition de leur logement. Le ciment peut ainsi devenir une arme, non pas de destruction massive, mais de non-reconstruction massive.

Quand on vous disait que le ciment pouvait vous en dire long...

Eric Cloes

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