La couleur dans l'architecture

30/01/13 à 12:12 - Mise à jour à 12:12

Source: Je Vais Construire

Parmi les multiples aspects du paysage urbain contemporain, la couleur apparaît à nouveau aujourd'hui comme une composante incontournable de la conception architecturale. Capable de révéler ou de transformer des volumes ainsi que les perceptions que nous en avons, la couleur est à même, en tant que matériau multiple, de jouer avec les qualités du bâti qu'elle marque, rythme, structure.

La couleur dans l'architecture

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Parmi les multiples aspects du paysage urbain contemporain, la couleur apparaît à nouveau aujourd'hui comme une composante incontournable de la conception architecturale. Capable de révéler ou de transformer des volumes ainsi que les perceptions que nous en avons, la couleur est à même, en tant que matériau multiple, de jouer avec les qualités du bâti qu'elle marque, rythme, structure.

Porteuse de sens, outil d'intégration et de valorisation, la couleur possède aussi un fort potentiel identitaire. Les particularités chromatiques sont ainsi dépendantes de la géographie, de l'histoire, des traditions et des matériaux, selon le pays ou la région d'implantation des constructions. L'ensemble des recherches et des découvertes dans le domaine de la polychromie des bâtiments anciens démontre par ailleurs que dans l'art grec, égyptien ou gothique, la couleur a toujours été utilisée comme complément nécessaire de la forme et de la décoration architectonique des édifices.

Si certains architectes définissent la couleur comme un matériau essentiel de leur architecture, comme c'est le cas par exemple de l'architecte coloriste mexicain Luis Barragán qui utilise véritablement la couleur comme un matériau d'expression de son architecture, d'autres la prennent davantage pour ce qu'elle est, à savoir un simple point d'appui pour renforcer ou réduire des contrastes, ou encore souligner des pleins et des vides.

Blanc versus couleur

Pourtant, durant les deux dernières décennies, au sortir des années 80, la sobriété architecturale issue de la monochromie a en quelque sorte fait loi. Grands volumes blancs, béton brut, acier et verre ont alors trôné dans une forme de rejet de toute couleur. Mais qui dit règle dit aussi exceptions à la règle. Des exceptions qui ont souvent été considérées comme originales ou carrément délirantes, à l'image des Lofts Reversible Destiny créés à Tokyo en 2005 par les architectes Shusaku Arakawa et Madeline Gins, dans un étonnant immeuble construit comme un amoncellement de formes tour à tour carrées ou rondes, comme des boîtes ludiques aux couleurs très vives.

Avec davantage de mesure, nombreux sont les architectes qui "redécouvrent" aujourd'hui la couleur et la plébiscitent en tant que réel atout pour leur architecture. Dans les bâtiments publics, elle permet ainsi de créer une identité - l'identité graphique d'une entreprise par exemple -, ou de servir les objectifs de repérage et de signalétique.

Couleur et intégration

Lorsqu'on ose la couleur, c'est aussi dans le but de créer un impact fort pour que cette dernière fasse partie intégrante de l'identité du bâtiment. Une couleur qui redessine des formes, qui joue avec la lumière en accentuant les contrastes, jusqu'à devenir un point d'attraction. Mais il convient aussi que cette démarche prenne en compte le milieu naturel et construit, ainsi que les enjeux qu'elle suscite. Dans le cas d'une ville à caractère historique, par exemple, l'intégration de la couleur doit impérativement se faire en douceur, à l'image du projet lauréat des Wan Awards Colour in Architecture 2011 (architectes Hawkins/Brown), un bâtiment de l'Université d'Oxford arborant des lamelles en verre dans pas moins de trente-six tonalités de violet et orange. Géographiquement plus éloignée mais proche dans la démarche, l'agence australienne Elenberg Fraser a exploré les effets sensoriels des couleurs dans la A'Beckett Tower à Melbourne, habillée d'un patchwork multicolore de lamelles pare-soleil. Plus près de chez nous, à Saint-Étienne en France, l'architecte Manuelle Gaudrand a choisi, pour la Cité des Affaires, de différencier les façades à haute performance thermique en les éclairant d'écailles argentées et transparentes d'un jaune vif particulièrement lumineux. Ces projets, tout comme ceux du duo allemand composé de l'architecte Louisa Hutton et de l'architecte ingénieur Matthias Sauerbruch, démontrent ainsi, grâce à leur polychromie assumée, l'expression d'une liberté de penser, d'agir et aussi d'interpeller par la couleur, pour que celle-ci s'impose visuellement à nous par l'inhabituel rapport de contraste coloré qu'elle entretient avec son environnement extérieur et, partant, transforme notre appréhension du paysage urbain.

Stephane Debusschere

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