Les matériaux de récupération

23/02/08 à 16:22 - Mise à jour à 16:22

Source: Je Vais Construire

Il arrive que l'on opte pour des matériaux de récupération pour des motifs d'ordre historique, ou en raison de leur rayonnement

Au Moyen Age, les habitants du Caire utilisaient les plaques qui recouvraient les pyramides pour construire leurs maisons. Quant aux papes de la Renaissance, lorsqu'ils souhaitaient bâtir une nouvelle église ou un palais, ils prélevaient tout simplement le marbre de l'un ou l'autre monument romain. Construire à partir de matériaux de récupération ne date donc pas d'hier! Bien que de nos jours, cela se fasse avec un certain respect du passé.

Dans le cas d'une rénovation, il est souvent recommandé de réutiliser les matériaux dont l'on dispose sur place. Plus le bâtiment à rénover est ancien, plus cela s'impose. Mais il en va de même pour les constructions neuves où l'on peut aussi recycler de vieux matériaux de construction. Outre l'ancien et le neuf, il existe une troisième possibilité: l'utilisation d'un matériau neuf ayant été traité artificiellement pour obtenir un aspect ancien. Cette dernière tendance s'inscrit de plus en plus ces dernières années.

Pourquoi des matériaux de récupération?

Il arrive que l'on opte pour des matériaux de récupération pour des motifs d'ordre historique, ou tout simplement en raison de leur rayonnement. Ceci vaut tout autant pour les matériaux vieillis artificiellement. Il arrive que le matériau historique ne soit plus disponible et que l'on soit obligé, surtout dans le cas d'une rénovation, d'avoir recours aux matériaux neufs à l'aspect vieux.

"Nous disposons de cinq ou six bonnes adresses où nous pouvons acheter d'anciens matériaux de construction", explique Bart Frijters (Renotec, Geel). Son entreprise réalise bon nombre de projets de rénovation. "La gamme actuelle de briques est plus vaste qu'autrefois, mais les formats ont changé. C'est pourquoi nous utilisons près de 95 % de matériaux de récupération.

La brique dite 'Papensteen' fut longtemps utilisée au dix-neuvième siècle et on en trouve encore assez facilement. Actuellement, nous rénovons une villa datant de 1936 et la brique utilisée à l'époque pour cette construction est devenue assez rare. Mais la quantité de briques dont nous avons besoin est insuffisante que pour justifier une cuisson d'un volume important selon l'ancien procédé. Pour les projets de rénovation de plus petite envergure, nous nous servons surtout de vieilles briques provenant de murs intérieurs qui seront ensuite dissimulées par le revêtement de finition."

Les prix

Les nouveaux matériaux sont généralement meilleur marché que les matériaux anciens ou vieillis artificiellement. Pour ce qui est de la différence de prix entre ces deux derniers, il n'existe aucune règle fixe. Tout dépend de l'exclusivité du matériau en question.

"Les personnes optant pour des matériaux de récupération lors d'une construction neuve, attachent généralement beaucoup d'importance à leur charme, leur caractère authentique et leur rayonnement", constate Yves Sylverans (Kempische Bouwmaterialen, Turnhout). "Pour les matériaux vieillis artificiellement, l'aspect 'artificiel' restera toujours visible. Les nouveaux matériaux sont généralement plus pratiques pour l'architecte (formats standard) et pour les maçons (manipulation aisée).

Quant à l'occupant, il est rare qu'il s'en soucie. A l'heure actuelle, ce sont les anciens éviers de cuisine qui reviennent à la mode. Autrefois, on y posait des pots et des bassines et cette cuve n'était même pas profonde. Si vous avez l'intention de faire creuser un nouveau bac d'écoulement, vous avez tout intérêt à opter pour une vasque plus profonde."

Les tendances

"La demande de matériaux anciens suit cette tendance. A l'heure actuelle, elle va même jusqu'à dépasser l'offre. La raison? Le succès sans cesse croissant des lofts et des projets de rénovation. Il fut un temps où la construction de fermettes et d'haciendas connut un véritable pic, avec bien évidemment des répercussions au niveau de la demande de matériaux de construction s'y rapportant.

A l'heure actuelle, les presbytères sont très en vogue et on constate une demande importante de briques rouges. Les matériaux les plus difficiles à trouver sont les éléments art nouveau et art déco. En effet, on a peu démoli de bâtiments de cette époque et il y a donc peu de matériaux de récupération sur le marché", nous confie Yves Sylverans.

Via Internet

"Après des journées de recherches et de fouilles dans des tas de briquaillons et de pierraille, mes plus belles trouvailles ont été un encadrement de porte en pierre blanche datant de l'époque de Rubens, voire même avant, et un bijou de parement de cheminée en pierre blanche, au magnifique profil et empiètement gothique du seizième siècle." Dans son 'Geschiedenis van ons huis' (histoire de notre maison), Jozef Weyns, le fondateur de Bokrijk raconte les recherches qu'il a entamées en 1954 pour dénicher toutes sortes de matériaux de construction et de meubles anciens pour construire et aménager sa maison.

"Aujourd'hui, le romantisme se perd", constate Yves Sylverans. "Le plaisir de la quête est désormais révolu. Celui qui a de l'argent pour utiliser des matériaux anciens et exclusifs n'a pas le temps d'aller lui-même à leur recherche; nous non plus d'ailleurs, nous n'effectuons pas vraiment de recherches, nous suivons tout simplement le marché. Autrefois, on pouvait mettre jusqu'à six mois pour trouver quelque chose, aujourd'hui, tout est urgent et doit être livré dans l'immédiat. Quant aux particuliers, ils s'y prennent d'une autre façon en recourant de plus en plus à l'Internet."

L'atout en matière de récupération

Il n'y a pas que les briques, les pierres ou les poutres en bois que l'on récupère. Il y a aussi les carreaux, les parquets et même certains vitrages. L'entrepreneur Hubert Knuyt (Borsbeek): "Dans le cas des carrelages pour le sol, il ne s'agit pas nécessairement de magnifiques revêtements mais de matériaux de qualité. Il arrive que l'on ne se donne pas la peine de les récupérer.

Dans le cas du parquet, la manière dont il a été placé joue un rôle important. S'il a été posé sur une couche de brai, il faudra le gratter du lattis. Les vitraux ne posent aucun problème, même s'il manque quelques fragments. Un artiste-peintre sur verre contemporain pourra combler les vides avec les bonnes couleurs." Hubert Knuyt conseille de ne pas se mettre à récupérer n'importe quoi, n'importe comment. "Confiez certaines tâches à un homme de métier. N'oubliez pas qu'il existait aussi un premier et un deuxième choix dans les matériaux d'autrefois."

Lors des travaux de démolition, on jette de moins en moins. Parce qu'on est de plus ne plus conscient de la valeur des matériaux anciens. Il n'empêche que certains éléments sont totalement négligés. Un conseil de Hubert Knuyt: "Tenez ces superbes poêles d'autrefois bien à l'oeil."

Texte: Koen Mortelmans

Astuces

1. Demandez conseil à un homme de métier. Les apparences sont parfois trompeuses: ce qui paraît vieux est parfois flambant neuf. Et pour les non-initiés, la différence est souvent difficile à faire.

2. Précédez les grandes tendances. Vous serez alors le ou la seul(e) à dénicher de belles choses intéressantes à un prix abordable.

3. Ne récupérez pas (toujours) ce qui est meilleur marché. Les matériaux anciens sont souvent rares et la demande souvent importante. Il peut donc être intéressant de choisir des matériaux neufs, patinés artificiellement.

Supplément

CONCERNANT LES POUTRES EN BOIS

Les poutres anciennes qui ont tendance à être courbées et qui présentent des évidements trahissant un passé dans une autre construction, sont fort demandées, mais bien plus dans les milieux de l'horeca que pour les habitations particulières. Les hommes de métier émettent quelques réserves sur la question. "Lorsqu'on utilisait ces poutres il y a plusieurs siècles, les maîtres de l'ouvrage voulaient un plafond parfaitement droit et non une structure courbe", raconte Hubert Knuyt. "Aucune poutre provenant d'un bâtiment ancien n'est droite. Heureusement, on peut la scier et la raboter pour en faire un modèle plus droit, sans évidements.

Une poutre mère complètement déformée peut être sciée en plusieurs belles poutrelles". Un problème plus délicat consiste à retirer les vieux clous. Peu d'ateliers sont équipés pour le faire et doivent donc les retirer manuellement, ce qui demande énormément de temps.

Lors des démolitions pratiquées dans certains centres historiques des villes, on tombe parfois sur une poutre en chêne vieille de plusieurs siècles. C'est surprenant car, à l'époque, on les peignait souvent en ocre. A l'époque, l'utilisation du chêne était imposée et seuls ceux celui qui voulaient afficher leur richesse, laissaient les poutres en chêne à nu et non traitées ...

ATTENTION AUX BILLES DE CHEMIN DE FER

Fin du siècle dernier, la mode consistait à récupérer les billes de chemin de fer alors remplacées par des traverses en béton. Tant qu'elles sont utilisées au jardin, elles ne polluent pas l'air. Mais ne vous en servez jamais comme poutre de cheminée. En effet, de par la chaleur, les substances utilisées pour les traiter afin de remplir leur tâche première, sont libérées. En outre, une poutre restée si longtemps à l'air libre aura tendance à se contracter à l'intérieur. La poutre figurant sur cette photo, par contre, est impeccable!

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