En images : le béton est omniprésent dans cette habitation extraordinaire

16/02/15 à 16:00 - Mise à jour à 16:00

Sur un terrain boisé très raide, l'architecte liégeois Éric Grondal a imaginé une maison hors normes, dans sa conception comme dans sa réalisation. Entre minimalisme et surréalisme, elle arbore un étonnant bardage en cuivre qui s'est déjà patiné dans un beau brun mat.

L'art de concilier l'inconciliable

Trouver l'orientation idéale de la maison ne s'est pas fait d'un coup de baguette magique. Capter la lumière naturelle sur une parcelle cernée de hauts arbres n'était pas une mince affaire. Il aura fallu, à l'architecte, plusieurs mois de réflexion et de nombreux croquis. Le grand volume rectangulaire sera finalement placé perpendiculairement aux courbes de niveau du terrain. " Notre volonté était une intégration totale de la maison au site. Même si nous avons inévitablement dû nous séparer de quelques arbres, nous avons minimisé l'impact sur la nature ", explique l'architecte. En bas de la pente, là où se situe l'entrée du bâtiment, un soubassement de briques foncées assure la transition vers le bardage en cuivre naturel. Recouvrant les murs de béton, cette seconde peau " cuivrée ", découpée et posée sur place par un artisan, présente des lignes creuses (" joints debout " dans le jargon du métier) pour marquer des changements de rythme.

Fenêtres XXL

Sur le petit côté avant de la maison, une haute et large baie vitrée encadre deux étages (salon et mezzanine), formant comme un tableau ouvert sur la nature. Tout aussi impressionnante, sur la longueur du bâtiment, côté terrasse, une triple porte-fenêtre. À l'ouverture, les portes coulissantes de cette dernière rentrent complètement dans le mur, se faisant invisibles. " Pour ce faire, nous avons imaginé un genre de caisson dans le mur. Cette ouverture totale nous permet de circuler librement de la terrasse au séjour. " À première vue, ce caisson en lattes de bois, où s'encastrent les châssis, semble servir de revêtement décoratif. Mais on découvre finalement qu'il sert aussi de rangement (bibliothèque, télévision...). Afin d'éviter l'effet " grotte " du côté nord-est de la pièce de vie, sans fenêtre directe, une verrière est venue coiffer un décrochage en façade. Posé plus haut que le plafond de la pièce, ce toit de verre ne se remarque pas directement.

Éric Grondal analyse son projet comme un laboratoire ambulant : " J'ai testé des choses nouvelles, audacieuses parfois. Cette expérience me servira pour les projets futurs. "

Matière grise

Le béton a été utilisé pour la structure mais, surtout et généreusement, à l'intérieur. " J'aime les matières brutes et sans artifices, pour leur simplicité. " Les murs sont une succession de voiles en béton brut, coulés sur place. Pour conserver l'authenticité de ce matériau, l'architecte a pris le parti de laisser apparents les trous de brelage (trous nécessaires lors du coulage pour maintenir les deux faces du coffrage). Ils sont simplement rebouchés, en laissant un léger creux pour les accentuer. L'architecte nous montre même des traînées d'oxydation dues à des coulées consécutives au séchage du béton, laissées en l'état. Les plafonds ? En béton, naturellement. Au milieu de cette matière grise, une paroi de bois tressé de manière artisanale constitue une touche décorative servant de garde-corps aux escaliers. Contraste réussi. Pour le sol, de grands carrés de granito gris foncé (incrustés d'éclats plus clairs) ont été coulés et poncés sur place par une entreprise liégeoise bien connue. " Un travail laborieux ", explique l'architecte. Oublié un temps, le granito revient en force, apprécié pour son petit côté vintage. Brillant, réalisable dans toutes les couleurs, il se compose d'un mélange de sable, béton, ciment, granulés de pierres et eau. Le granito serait " inusable " et très facile à entretenir.

Marches flottantes en acier

Les escaliers : encore une expérience inédite. Composées de simples fines tôles d'acier brut découpé, les marches (90 kg chacune) s'accrochent directement dans les murs en béton via des supports en fer, par ancrage chimique. C'est donc du solide. Ce système, tout à fait invisible, renforce l'allure légère des deux volées d'escalier de la maison.

Au dernier étage, on découvre un couloir déroutant avec, côté fenêtres, et sur toute la longueur, un meuble sur mesure. De l'autre côté, une cloison en peuplier brut intègre les portes des chambres d'enfant et des sanitaires. Un effet de perspective intéressant, souligné par un éclairage LED logé dans un espace creux en haut de la cloison en bois. Une technique d'éclairage indirecte que l'architecte a utilisée à plusieurs reprises. Chaque enfant dispose, en face de sa chambre, de son propre espace de rangement.

Tout repose sur les murs extérieurs

Grand atout du béton : il permet de réaliser de grandes portées. Ici, ce sont uniquement les murs extérieurs qui soutiennent l'édifice. " Cela m'a permis d'exploiter l'espace avec beaucoup de liberté. Les couloirs de 25 mètres, qui traversent la maison de part en part, en sont une belle illustration. " Avec son inertie thermique, le béton augmente aussi le confort de vie, été comme hiver. Grâce à sa masse, il stocke l'énergie et la redistribue lentement, réduisant du même coup les variations de température. Même si la maison n'a pas obtenu de certification passive (mission impossible en raison du relief accidenté du terrain et de la densité des arbres qui prennent la lumière), elle a reçu l'attestation " Construire avec l'énergie " délivrée par la Région wallonne. Géothermie (pompe à chaleur et chauffage par le sol), panneaux solaires pour chauffer l'eau sanitaire, triple vitrage, ventilation double flux avec récupération de chaleur, étanchéité à l'air... tout a été fait pour optimiser l'énergie. Tant et si bien que le véritable défi fut surtout d'éviter la surchauffe. Des casquettes débordantes ont ainsi été placées au-dessus des baies vitrées, empêchant les rayons du soleil de pénétrer directement dans la maison.

Un bon cru

Éric Grondal nous ouvre la porte de sa cave à vin située dans le prolongement de l'arrière-cuisine et presque totalement enterrée. Il y fait entre 8 et 15 °C selon les saisons. Parfait pour stocker les boissons, le vin et les légumes. Une porte isolante permet de la couper du reste de la maison en garantissant l'étanchéité à l'air et en évitant les ponts thermiques. Les besoins en énergie de la maison (l'électricité totale nécessaire pour chauffer et éclairer la maison, chauffer l'eau sanitaire et utiliser l'électroménager) sont de 20 kWh/an/m2. À titre de comparaison, une maison passive ne peut pas dépasser 15 kWh/an/m², mais uniquement pour ses besoins en chauffage. Cette prestation réjouit l'architecte.

D'un point de vue environnemental, la maison s'intègre totalement dans le site et offre une intimité en symbiose avec la nature. Éric Grondal a réussi à tirer parti du fort dénivelé du terrain pour réaliser un projet personnel d'une grande originalité. Et pour prendre une douche étoilée, rendez-vous dans la salle de douche " à ciel ouvert ". La verrière promet un panorama féérique de jour comme de nuit !

TEXTE : Vanessa Uyttenhove

PHOTOS : Laurent Brandajs

Grondal Architecture -www.architectegrondal.be

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