"Nous n'avons pas à adapter nos besoins à un bâtiment, ce bâtiment doit pouvoir être adapté à nous"

21/02/17 à 11:48 - Mise à jour à 11:48

"Il n'y a presque plus d'espace disponible en Flandre. Si nos enfants et nous ne voulons pas nous encombrer de frais de rénovations insupportables, nous devons d'urgence construire dans une optique de changement", ressort-il chez Labland et Transform où on défend la construction adaptable et durable. "Le gouvernement flamand y est favorable depuis des années déjà, mais dans la pratique, nous ne sommes pas parmi les pionniers."

"Nous n'avons pas à adapter nos besoins à un bâtiment, ce bâtiment doit pouvoir être adapté à nous"

Les composants compatibles pour la construction d'écoles et de bureaux de LLEXX, qui font penser à un meccano. © LLEXX

"L'objectif n'est pas que nous adaptions nos désirs d'habitation à nos constructions statiques. Ces bâtiments doivent pouvoir être adaptés à nos besoins", affirme Waldo Galle, développeur de projets chez Transform - une entité du département des sciences d'ingénierie architecturales de la VUB. "Mais nous observons que beaucoup d'architectes ne sont pas encore familiarisés avec ce concept. Rendre ces nouvelles formes de construction et d'habitation tangibles et réalistes est une première étape dans la bonne direction", estime Eva De Meyst, géographe et coordinatrice chez Labland .

Une première question évidente : la construction adaptable ou orientée vers le changement ou à l'épreuve du futur, qu'est-ce que c'est ?

Waldo Galle: "Notre société et notre style de vie changent rapidement mais nos bâtiments sont statiques. En Flandre, on voit dès lors un conteneur à déchets devant chaque chantier: des éléments qui n'ont pas encore atteint leur durée de vie maximale sont tout de même traités comme des déchets. Cela conduit à des coûts financiers et écologiques inutiles."

"Lors de la conception et de la réalisation d'une construction, on doit par conséquent déjà réfléchir à l'avenir. Les espaces peuvent être conçus pour des fonctions multiples - une pièce n'a pas nécessairement à avoir une fonction spécifique, nous devons arrêter de répartir notre habitation et notre vie dans des petites cases - et nous pouvons travailler avec des éléments démontables, faciles à entretenir, solides. Sans investissements onéreux pour les jeter aux déchets, nous répondons à nos besoins en perpétuel changement. La construction orientée changement n'est pas high-tech, mais c'est construire avec bon sens."

Est-ce alors un nouveau développement dans le secteur de la construction et en architecture ?

Eva De Meyst: "Certainement pas. Juste après la Deuxième guerre mondiale, alors que beaucoup de nouvelles habitations devaient être construites en Europe, on avait besoin d'une méthode de construction répétitive, rapide et adaptable aux souhaits de tous les habitants. Mais la différence se situe au niveau de la motivation."

"A l'époque, on construisait orienté changement pour des questions de rapidité et d'économies d'échelle. Maintenant, nous sommes concernés par la réutilisation des matériaux et l'écologie. Une gestion plus intelligente de nos matériaux de construction n'est en outre pas un luxe superflu: le secteur européen de la construction et de la démolition est responsable du tiers des déchets. Il n'y a en outre presque plus d'espace disponible en Flandre. Nous devons répartir cet espace rare de manière plus intelligente et examiner comment nous pouvons ainsi créer de la valeur ajoutée sans pour autant devoir compenser en confort."

Galle: "Si nous ne voulons pas nous encombrer nous-mêmes et nos enfants de coûts de rénovation insupportables, nous devons d'urgence investir dans la construction orientée changement."

La Flandre soutient-elle suffisamment la méthode ?

De Meyst: "Les flux de matériaux en circuit fermé constituent une orientation stratégique du gouvernement flamand. Cela fait par conséquent des années qu'il est partisan de la construction orientée changement. Mais dans la pratique, nous ne faisons pas partie de peloton de tête."

"A Hambourg en Allemagne, plusieurs constructions à l'épreuve du futur ont déjà été réalisées. Et dans le canton suisse de Bern, il est même obligatoire de construire orienté changement. Chaque bâtiment public doit être constitué d'au moins trois parties qui peuvent être adaptées indépendamment les unes des autres. Les universités et les hôpitaux en tirent parti pour une réaction rapide aux innovations: une banque d'ADN avancée a ainsi pu être créée sur un délai de seulement quelques mois. Aux Etats-Unis, il est également démontré que la construction à l'épreuve du futur ne doit pas être limitée au secteur public. Les maisons peuvent aussi être entièrement démontables et réutilisables et cela ne doit pas pour autant résulter en une architecture monotone et impersonnelle."

Ne pensons-nous pas encore suffisamment au futur en Belgique ?

Galle: "Pas mal d'initiatives intéressantes d'entreprises belges existent. Elles essaient de rendre la construction zéro déchet possible. Il y a les cloisons de bureau amovibles de Tecnibo, les composants compatibles pour la construction d'écoles et de bureaux de LLEXX, qui font penser à un meccano, et les modules préfabriqués pour extensions temporaires de maisons de Skilpod. Ce n'est pas fortuit: notre pays ne possède pas de matières premières et il est dépendant des importations. C'est la raison pour laquelle les entreprises préféreraient réutiliser ces matériaux pour devenir de la sorte indépendantes des matières premières rares et chères."

"Mais notre législation traditionnelle au niveau des consommateurs et de la construction constitue encore un obstacle énorme. Avec le Circular Retrofit Lab de la VUB, nous désirons toutefois essayer d'offrir la possibilité à ces entreprises belges engagées d'exposer leurs produits à partir de l'été de 2017."

Essayez-vous de promouvoir la méthode de construction d'autres manières encore ?

Galle: ''Afin d'aider les architectes dans leur parcours, avec la Transform-team de la VUB, nous développons toutes sortes de concepts et d'outils. La Société Publique Flamande des Déchets (OVAM) a ainsi publié 23 directives pour la construction orientée changement et nous fournissons des analyses de cycle de vie sur demande des concepteurs et des fabricants. Dans ce contexte, nous tenons compte tant de l'impact sur l'environnement que du coût financier à court et moyen terme."

De Meyst: "Nous venons aussi d'organiser un atelier pour les architectes le 17 février. Il était entièrement complet. Nous devons nous poser certaines questions: comment fabriquons-nous une maison autosuffisante et recyclable ? Comment rendre cette habitation adaptable en taille - plus petite ou plus grande - selon les besoins d'une famille ? Comment utiliser les espaces partagés de manière optimale ? Et comment garder tout cela faisable financièrement ?"

"Labland désire préparer les maisons pour l'avenir en misant sur la réutilisabilité, l'adaptabilité et la flexibilité. Nous avons reçu un subside de la province de Flandre Orientale en octobre 2016 pour des projets de logement expérimentaux. Ce subside court sur une période de trois ans. Nous désirons utiliser ce temps pour concevoir un plan financier et une vision pour l'avenir, car nous ne voulons pas que cela s'arrête après trois ans. Pour le développement des quatre premiers prototypes, nous sommes à la recherche de lieux appropriés, d'experts avec des bonnes idées et de partenaires qui veulent s'associer à nous."

"Le focus se situe sur la ville, où nous avons besoin d'expériences en intelligence spatiale pour offrir une solution à la croissance d'une population de plus en plus diverse. L'objectif est de réaliser des logements adaptables qui satisfont les besoins des habitants et ont un impact négligeable sur l'environnement. Nous espérons ainsi finalement apporter du changement à la législation actuellement en matière d'urbanisme."

Nos partenaires