L'ingénieur en stabilité : un spécialiste anonyme

11/02/11 à 10:36 - Mise à jour à 10:36

Source: Je Vais Construire

L'ingénieur en stabilité est sans nul doute le partenaire le plus anonyme dans le processus de la construction. Son travail garantit au maître d'ouvrage que le concept de l'architecte va effectivement rester debout, sans risque d'affaissements ou de fissurations. Les chances que vous avez de le rencontrer un jour sont pourtant faibles...

Qu'il s'agisse d'une construction neuve ou de travaux de rénovation, il faut toujours faire appel à un ingénieur en stabilité. Dans le cas d'une construction neuve, les plans de l'architecte sont le point de départ de son projet d'étude. Cela peut sembler bizarre, mais un ingénieur en stabilité lit ces plans de haut en bas, c'est-à-dire du toit jusqu'aux fondations. Il suit donc la force de gravité.

En premier lieu, l'ingénieur s'attarde sur les ouvertures de fenêtres et sur la superposition des murs porteurs aux différents étages.
Dans le cas des fenêtres, c'est la largeur qui est déterminante. Au-dessus d'une petite fenêtre, on pose un linteau - on en trouve dans des mesures standard chez les fabricants de matériaux de construction. Au-dessus de larges ouvertures de fenêtres - à partir de 1,2 mètre -, il faut utiliser une poutre. S'il s'agit d'une poutre en béton, l'ingénieur en stabilité en calculera concrètement la hauteur et l'armature. Dans le cas d'une poutre en acier, il calculera le profil exact de celle-ci.

Outre les ouvertures de fenêtres, l'ingénieur examinera aussi l'emplacement des murs porteurs. Si les murs porteurs ne se superposent pas sur deux étages, il devra chercher comment répartir les charges.

En règle générale, on place alors des poutres métalliques dans le plancher et sous les murs porteurs, ou on recourt à l'utilisation de prédalles. L'avantage de ces prédalles, c'est qu'elles peuvent être armées afin de supporter parfaitement les charges des murs porteurs. Dans le cas d'une poutre en métal dans une dalle de sol en béton, on court le risque de voir apparaître des imperfections dans la finition (ultérieure) du plafond, parce que les deux matériaux (béton et métal) ne réagissent pas de la même manière aux charges.

Certains ingénieurs en stabilité travaillent actuellement avec des modèles 3D de la maison pour se faire une idée précise de la descente de charges. Ces logiciels permettent de calculer directement la descente de charges jusqu'au niveau des fondations.


De bonnes fondations


Une fois que la maison aura été scrutée de la couverture jusqu'aux fondements, l'ingénieur pourra déterminer le type de fondations requises pour porter l'habitation. Non seulement la bâtisse elle-même, mais aussi la qualité du sous-sol jouent ici un rôle déterminant. Un sous-sol en sable, argile ou limon demandera une approche tout à fait différente au niveau des fondations. Dans certains cas, il sera moins onéreux de prévoir une cave ou un vide ventilé pour obtenir des fondations à portance suffisante que de poser des fondations spéciales ou de creuser et d'évacuer les terres instables.

Il incombe à l'ingénieur en stabilité d'estimer la portance du sous-sol. Souvent, le nom de la rue permet déjà de deviner que l'on peut s'attendre à des soucis : les termes "rive", "marais", "fosse"... doivent porter à la méfiance. En outre, l'ingénieur peut aussi examiner des cartes géographiques. Et si ces informations ne suffisent pas, l'ingénieur en stabilité demandera des analyses (complémentaires) du sol. Sur base de ces données, il pourra plus facilement proposer le type de fondations le plus adapté et en calculer la portance.


Travaux de rénovation lourds


Un projet de rénovation entraîne des travaux plus intensifs qu'un projet de nouvelle construction. Dans la plupart des cas, l'ingénieur commence par une visite sur place afin de déterminer la structure exacte de la construction. Il vérifiera par exemple le sens de portée des planchers, la portance et la stabilité des fondations, les poutres... Et ce n'est qu'ensuite qu'il pourra faire ses calculs.

En règle générale, l'ingénieur prescrira aussi d'autres matériaux que pour un projet de construction neuve, parce que certains matériaux sont impossibles à mettre en oeuvre dans une maison existante (notamment s'ils doivent être acheminés à l'aide d'une grue).

Le grand défi pour l'ingénieur en stabilité consiste à construire un nouvel étage sur une maison existante. Les fondations vont effectivement devoir supporter une charge supplémentaire. Il faudra donc procéder à une étude approfondie, pour voir si c'est réalisable ou s'il convient d'envisager une autre méthode de construction, comme, par exemple, une structure en acier qui reposerait sur des fondations indépendantes. Une alternative consiste à monter l'étage supplémentaire sous forme de construction légère (ossature bois).


Un spécialiste anonyme


L'implication d'un ingénieur en stabilité n'est pas une obligation légale. Certains architectes effectuent ces calculs eux-mêmes, prévoient les poutres au-dessus des fenêtres et agencent les murs de telle sorte que les murs porteurs se superposent. Ils ne s'adressent à l'ingénieur en stabilité que si les calculs s'avèrent trop complexes. D'autres architectes engagent d'office un ingénieur en stabilité.

L'architecte stipulera toujours dans le contrat qui le lie au maître d'ouvrage s'il effectue lui-même les calculs ou s'il les confie à un ingénieur en stabilité. L'architecte désignera lui-même cet ingénieur car, en général, il travaille depuis des années avec le même ingénieur et les deux parties sont déjà sur la même longueur d'ondes. L'ingénieur en stabilité facturera cependant ses honoraires directement au maître d'ouvrage. Mais les deux parties ne se rencontreront probablement jamais. Pour les projets d'envergure, l'ingénieur établira tout d'abord une offre sur base des heures de travail estimées.

Pour une maison moyenne, il faut compter environ 1 500 euros. Pour ce montant, vous recevez le projet d'étude et les plans élaborés. Pour des missions moins importantes, c'est un tarif horaire qui est pratiqué. Le tarif horaire moyen se situe entre 75 et 110 euros/heure. Pour un véritable travail spécialisé, il est possible qu'il compte un tarif supérieur. Les associations d'ingénieurs proposent à cet effet des barèmes spécifiques.

Bon à savoir


Il est bon de savoir que l'ingénieur en stabilité peut prendre une assurance professionnelle, mais qu'il n'est pas obligé de le faire. Pour plus de sécurité, demandez-lui une attestation d'assurance. Toutefois, si quelque chose tournait mal dans la construction à cause d'une erreur de calcul de sa part, l'assurance couvrirait uniquement les dégâts qui en résultent ainsi que les matériaux qui tombent sous sa responsabilité.

Tout dommage indirect est exclu. Si par exemple une dalle de sol se déforme anormalement en raison de ses erreurs de calcul, la dalle de sol est couverte par l'assurance, mais les carreaux endommagés par suite de cette déformation ne le sont pas.



Tim Vanhove


Remerciements au bureau de stabilité Stubeco - www.stubeco.be

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