Métamorphose intérieure

10/09/15 à 11:43 - Mise à jour à 11:42

Entre l'avant et l'après rénovation de cette petite maison de la fin du XIXe siècle, située au coeur de la province du Hainaut, il n'y a pas photo ! Lorsque l'architecte d'intérieur Valérie Lemal a acquis cette bâtisse, elle avait tout d'une ruine. Mais la jeune femme a habilement réussi à lui redonner vie. La preuve en images.

Lors d'un voyage en péniche sur les canaux belges, Valérie Lemal a découvert son pays autrement. Elle a été séduite par la vie particulière qui se développe le long des cours d'eau. " Cette expérience inattendue m'a donné envie de vivre au bord d'un canal ", confie-t-elle. Au coeur de sa province natale, dans le joli village d'Arquennes, la jeune femme a déniché une petite maison mitoyenne implantée au bord de l'eau, au bout d'une tranquille allée sans issue. Ici, le petit canal qui longe la rivière Samme n'est plus en activité. La faune et la flore ont ainsi repris leurs droits et donnent la chance aux habitants du coin de profiter en toute quiétude du charme des oiseaux et de la nature.

Au pays de la pierre

Arquennes et ses alentours sont renommés pour leurs anciennes et nombreuses carrières de pierre datant du XVIe au XVIIIe siècle. Le petit hameau sur lequel Valérie a jeté son dévolu s'implante à l'endroit même d'une ancienne carrière comblée lors de la création du canal voisin. Coincée entre deux mitoyens, la maison s'accroche littéralement à la roche, n'offrant qu'une seule façade à l'avant. Tour à tour écurie pour les chevaux de halage, puis guinguette et finalement habitation, le bâtiment avait entre-temps été rehaussé en partie avec des pierres locales.

Coup de jeune

Lorsque l'architecte d'intérieur visite l'endroit, le tableau n'a rien d'enviable. Vieillot, sombre, humide et mal entretenu, le bâtiment s'apparente plus à un taudis qu'à une habitation. Cependant, le charme du lieu opère et, avec son regard affuté de professionnelle, la nouvelle propriétaire décèle rapidement le potentiel de l'édifice. Valérie se lance alors dans un projet de rénovation lourde et réussira à insuffler une nouvelle énergie à la petite bâtisse. Après avoir arraché, décapé, déblayé et vidé la maison de tous ses éléments encombrants et indésirables, l'architecte d'intérieur redessine les espaces, retravaille les volumes, adapte les fonctions et intègre les normes de confort actuelles. Aujourd'hui, lorsqu'on franchit la porte de cette modeste maison, on découvre une surprise de taille, à la hauteur de l'investissement personnel de sa propriétaire.

Le respect du lieu

" Ça n'a pas été un projet facile, confie la maîtresse des lieux, pas seulement parce qu'il s'agissait de ma propre habitation mais surtout parce que l'espace est petit et dominé par la roche. Il fallait aménager la maison, y intégrer de nouvelles fonctions et de nouvelles techniques, en tenant compte de cet élément naturel, en le respectant et en le mettant en valeur ". Contrairement aux anciens propriétaires qui l'avaient camouflée derrière des panneaux et autres étagères, Valérie voulait la laisser apparente, tel un matériau de la construction à part entière. Il a donc fallu de l'huile de bras pour la nettoyer et lui rendre son aspect d'origine grâce à un sablage complet. " Chaque année, après l'hiver, je lui redonne un coup de brosse pour lui rendre sa couleur et son éclat quelques peu ternis par les changements de température et d'humidité ". Outre le soin apporté à son aspect, il fallait également tenir compte de la présence dans l'espace de cette masse irrégulière pour l'aménager. L'idée était claire : l'intégrer plutôt que la cacher, la mettre ne valeur plutôt que la dissimuler, en tirer profit aussi, telle une caractéristique incontournable de l'endroit. C'est ainsi qu'un pan de l'ancienne carrière s'invite dans la cuisine et dans la salle de bain de la petite maison, côtoyant des pierres et matériaux d'époque mais également des matières et des éléments contemporains.

Communication spatiale

Pour diminuer l'impression d'exiguïté et donner une sensation d'espace au petit logis, l'auteure de projet a imaginé d'ouvrir les espaces d'un même étage entre eux et de créer des liens entre les trois niveaux de l'habitation par des ouvertures dans les planchers. La communication verticale est renforcée par la lumière zénithale qui traverse le logement jusqu'au rez-de-chaussée depuis les nouveaux velux installés en toiture. Le gitage d'origine des planchers a été conservé en grande partie mais localement remplacé ou adapté pour s'ajuster aux nouvelles trémies et ouvertures. Pour garder un maximum de hauteur, Valérie a judicieusement choisi de placer aux étages un nouveau plancher autoportant en sapin sur la structure existante. Toutes les boiseries ont été poncées et recouvertes d'un enduit naturel mat. Par tous les moyens, la propriétaire a favorisé la sensation d'agrandissement : aucune des pièces ne disposent de faux-plafonds restreignant la hauteur. Dans le même esprit, le nouvel escalier du rez s'offre des marches encastrées très aériennes. " Pour donner une idée de légèreté à l'ensemble, précise l'architecte d'intérieur, sans limon et sans garde-corps afin d'éviter l'effet de barrière ". Quant aux percements entre les gites, ils sont comblés par des dalles en verre transparent qui laisse passer la lumière. À une exception près. Le vide créé entre la salle à manger au rez et le salon au premier étage reste complètement ouvert ou se referme par un astucieux système de table basse coulissante réalisée par la propriétaire elle-même.

Trucs et astuces

Car Valérie Lemalle n'est jamais à court d'idées originales pour aménager ses intérieurs. Fan de récup et adepte du DIY (do-it-yourself), la jeune femme est maitre dans l'art de recycler ou détourner des éléments pour leur donner une nouvelle vie. Elle crée aussi, avec imagination, des objets neufs, du mobilier, des accessoires ou éléments de décoration. Par passion et par souci de limiter le budget. Ainsi, la table de salon sur mesure côtoie un bureau unique réalisé à partir d'une ancienne porte. " C'est un élément modulable, raconte sa créatrice, le week-end je referme tout et je ne vois plus rien du boulot ! ". Toujours dans l'esprit de récupération et de respect du lieu et de l'existant, l'ancien escalier en chêne, trop raide pour permettre d'accéder confortablement au premier étage, a été replacé entre les deux derniers niveaux, " parce qu'il a du vécu " commente Valérie. Très pragmatique (et il faut l'être dans un petit espace), elle a également eu l'idée de remplacer le tablier de baignoire par des armoires à chaussures de chez Ikea !

Création d'ambiances

Entre les murs de cette vieille bâtisse agrippée à la pierre cohabitent des pièces d'époques et des créations contemporaines. Tout en contrastes, les matériaux bruts et anciens s'allient aux textures lisses et aux lignes pures pour former un mariage harmonieux. Le rez-de-chaussée, plus sombre, surfe sur les matières naturelles et les tons clairs pour illuminer l'espace. Au sol, le nouveau plancher en chêne brut traité en usine et la grande table qui se déroule de la salle à manger à la cuisine mettent le bois à l'honneur. La blancheur du plafond en bois peint procure un effet de luminosité et de sérénité. La palette chromatique très simple, dominée par le blanc, s'associe aux matières brutes et naturelles pour créer une ambiance douce et chaleureuse. A l'étage, où la lumière domine, Valérie a osé quelques touches colorées. Les accents de couleurs vives et toniques rehaussent et dynamisent l'espace. L'atmosphère brute et naturelle de l'intérieur est ponctuée par un mélange de petits trésors chinés ou d'accessoires dénichés lors de voyages. En résulte un mix de lignes contemporaines et d'objets plein d'âme.

Confort actuel

Même si elle a gardé son charme d'antan, la maisonnette a toutefois été mise au gout du jour au niveau des techniques et de l'isolation. La toiture a été entièrement refaite et isolée. La professionnelle a prévu une isolation hyper efficace : 8 cm de laine de verre entre les chevrons, un isolant mince multicouches et 22 cm d'isolation traditionnelle. Une nouvelle couverture chapeaute l'ensemble avec des tuiles à l'ancienne, mates et pré-patinées. Le sol du rez-de-chaussée a été complètement démoli pour permettre de couler une nouvelle dalle en béton avec une chape isolante. L'ancien revêtement en pierre bleue a fait place au parquet en chêne plus chaleureux. Les murs existants n'ont pas été isolés mais leur épaisseur de 50 cm leur confère naturellement au bon coefficient thermique. La roche, quant à elle, bénéficie d'une température constante de 13°. Pour chauffer l'habitation, Valérie a fait installer une chaudière à condensation alimentée par la cuve à gaz nouvellement implantée dans le jardin. Le poêle à bois très performant donne le petit coup de pouce supplémentaire et permet de profiter d'une jolie flambée. De quoi procurer à la propriétaire un agréable confort intérieur, quand elle ne profite pas dès les beaux jours de son petit paradis extérieur le long du canal.

Bonne idée

Les stores, faits main ou détournés, sont une solution pratique et élégante. Pour voiler la fenêtre de la salle de bain, l'architecte d'intérieur a conçu elle-même un panneau coulissant légèrement occultant. Simple et efficace : un tissu au coloris naturel est tendu sur un cadre en bois qui coulisse sur un rail fixé au mur. L'intimité est assurée tandis que la lumière pénètre encore tout en douceur. Dans la cuisine, la propriétaire a subtilement dissimulé les machines à linge derrière des stores acheté chez Ikea. Il s'agit de panneaux légers en fibres synthétiques et papier, ajustables en longueur, coulissants sur des rails pour utilisation superposée. Une solution idéale pour cacher du rangement ou pour structurer et moduler l'espace sans cloisonner, sur le modèle des panneaux japonais.

Texte: Marie Delooz

Photo's: Laurent Brandajs

Publié: dans Je Vais Construire n°383

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